Littérature québécoise - L'escalade et la chute

Deux romans légers et humoristiques parus cet automne bouleversent à leur manière les règles de bon voisinage qui régissent nos petites sociétés.

Avec de courts chapitres, de l'imagination et une certaine vivacité, Méchants voisins, le 7e roman de Monique de Gramont, raconte l'histoire de Cicius Dejours, chargé de cours en littérature dans quelques universités montréalaises à qui une amie libraire lui a légué à sa mort, à sa grande surprise, toutes ses économies et son petit commerce de l'avenue du Mont-Royal. Coup de fortune et changement de carrière pour cet homme discret et rêveur, épris d'une anthropologue «dotée d'un tempérament volcanique» qui passe sa vie à courir le monde.

Après une longue introduction et des confessions biographiques qui pourront paraître accessoires et parfois un peu forcées, une succession de péripéties s'enclenche. L'achat d'une maison jumelée, suivi rapidement par l'arrivée de nouveaux voisins, nous feront entrer au coeur du roman — l'histoire d'un conflit qui dégénère.

Affreux, sales et méchants, les Crispa auront tôt fait d'empoisonner la vie du nouveau libraire, qui arrive mal à faire respecter ses droits à la tranquillité et à la vie privée. Bienvenue au cirque. L'inévitable escalade d'actions et des représailles entre les deux parties, devenue l'affaire de toute la rue, se transforme en guerre de tranchées.


Slipoïnomanes anonymes

Premier roman de David Décarie, professeur de littérature à l'Université de Moncton né à Montréal en 1969, Les Dessous de Larry's Launderette, allie lui aussi humour et relations de quartier à travers les activités d'une buanderie de Montréal et les quelques personnages caricaturaux et mal engueulés qui gravitent autour d'elle.

Robin Martin, un petit gros barbu et chauve qui moisit lentement dans ses frustrations professionnelles, sentimentales, sexuelles et littéraires, nous fait le récit au «je» de son expérience de travail dans cette buanderie, vous le verrez, pas tout à fait comme les autres...

Le propriétaire anglophone, Larry Launderette (l'homme a fait légalement changer son nom pour déjouer les fonctionnaires de l'Office québécois de la langue française qui avaient l'enseigne de son petit commerce dans leur collimateur), et sa femme seront rapidement éclipsés de l'histoire pour aller ouvrir une succursale de leur buanderie à Toronto.

Devenu gérant des lieux, aux prises avec quelques requêtes étranges de clients pervers polymorphes, libéré du regard de son patron et sensible à l'appât du profit rapide, l'idée d'un petit commerce parallèle germe très vite dans son esprit. Il publie une petite annonce: «Sous-vêtements féminins à louer. Venez cueillir vous-même en toute discrétion les culottes, strings, bustiers, brassières et bas résille fraîchement portés par les clientes d'une honnête buanderie montréalaise. Nos clientes nous confient leur lavage et nous vous prêtons leurs dessous sexy pour 24 heures.»

Rapidement, «slipoïnomanes» «pantynoses» et autres renifleurs patentés vont se bousculer à la buanderie. Stress, chassés-croisés, chantage et corruption: l'affaire se transforme rapidement en cauchemar pour le diplômé en littérature qui croyait pouvoir améliorer son sort.

Malgré les anecdotes, les observations et les multiples digressions qui jalonnent Les Dessous de Larry's Launderette — ou peut-être même en raison de leur ampleur —, il subsiste beaucoup de gras dans cette histoire légère d'arroseur arrosé, parfois drôle, qui aurait certainement gagné à être plus serrée.

***

Collaborateur du Devoir


À voir en vidéo