Bédé - Racolage climatique en sol canadien

Avec la publication bon an, mal an de près de 5000 titres, l'univers de la bande dessinée a tout pour offrir à ses lecteurs le meilleur comme le pire. Et la série Climax (Dargaud), qui se termine avec la sortie du quatrième, et heureusement dernier, volet, le prouve: projet d'édition plus commercial qu'artistique, cette aventure à grand déploiement dans le monde du complot abuse des préoccupations environnementales du moment pour séduire, mais manque allègrement son coup faute d'avoir l'essentiel: un scénario et des dialogues intelligents.

Imaginée par Luc Brahy au dessin, Éric Corbeyran et Achille Braquelaire au texte, l'histoire en cases a pourtant tout pour accrocher l'oeil avec ses couleurs vives, son découpage dynamique et ses décors spectaculaires qui, à l'image de Largo Winch — une autre série commerciale certainement mieux réussie — annoncent, en superficie du moins, le caractère captivant de cette intrigue à saveur politico-éco-socio-écologique. Mais derrière les tours à bureaux, les grands espaces, les voyages en jet privé, les laboratoires ultraprotégés, les blondes plantureuses et les hommes qui fument le cigare dans des bureaux presque ovales, le lecteur n'aura finalement rien de ce qu'il croyait y trouver. Sans surprise d'ailleurs.

C'est que dès les premières cases, le ton est rapidement donné avec cette salve d'échanges lourdement vides entre les protagonistes de l'équipe de l'agence Imago Mundi qui, au temps du réchauffement climatique, rêve de sauver la planète. Bien sûr, des méchants ont comploté pour leur mettre des bâtons dans les roues.

Tout en jonglant, malhabilement, avec les grandes lignes discursives de l'écologisme contemporain, Leia, Loïc et Harald vont finalement répandre cette vacuité sur les quatre chapitres d'une intrigue alambiquée qui prend place dans le Grand Nord canadien, à Toronto ainsi qu'en Alaska, où bien sûr le gouvernement américain, avec l'armée et les pétrolières avides de profits salement acquis, complotent depuis des lunes contre l'humanité. Rien de moins.

Bien sûr, l'exposition à ces bulles finit par faire ballonner en laissant même présager cette finale absurde débordante de clichés: la politique, la grande finance et l'armée unies pour mieux contrôler les ressources naturelles tout en manipulant le climat et en tuant des dauphins au passage. On résume.

Une conclusion qui confirme toutefois ce que Climax tente de faire sans y arriver: oui, la pollution et le dérèglement du climat peuvent faire des dégâts insoupçonnés.

Y compris dans l'univers du 9e art.

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