Beaux livres - Histoires de garde-manger

Certains savourent leur sirop d'érable avec le même enthousiasme 12 mois par année, sans que viennent les effleurer des questions sur l'origine du meilleur sucre au monde. Peu importe pour eux qu'il ait été inventé hier, entre Virginie et L'Auberge du chien noir, ou qu'il soit arrivé grâce au Saint-Esprit. L'historien Yvon Desloges, lui, ne pouvait se contenter d'observer la canne de sirop ambré n° 2 et de prendre place à la table.

Archéologue de la gastronomie populaire, l'auteur a farfouillé les inventaires de donations et d'après-décès, puis soulevé les diverses couches sociales pour servir À table en Nouvelle-France, un livre qui effleure notre sirop d'érable et son sucre tout en parcourant les traditions alimentaires dans la vallée laurentienne, avant l'avènement des restaurants.

C'est en tournant les pages du passé qu'il enterre ces mythes que l'on nourrit, soit que notre ancêtre s'adonnait à une cuisine rustre et que son garde-manger était allergique aux saveurs. Bien que la soupe était à la base de son régime, un complément au pain quotidien qu'il ingurgitait en grande quantité, le colon français a longtemps puisé son inspiration de ses semblables restés de l'autre côté de l'Atlantique, après s'être accroché aux traditions amérindiennes pour survivre les premiers temps. L'arrivée des Britanniques a largement contribué à garnir nos étagères, avec des importations de thé et de sucre notamment. Établi dans une contrée où la nourriture abonde, le nouveau Canadien n'a pas manqué de servir l'anguille au dîner et de briser la monotonie routinière grâce à cette alternance entre les jours maigres et les jours gras.

Dans ce bref survol des siècles fondateurs de notre identité, le lecteur s'assoit tantôt à la table du citadin, tantôt à celle du bourgeois ou de l'agriculteur, et découvre ce que chacun mettait dans son assiette. Yvon Desloges a pimenté son travail de nombreux tableaux et de peintures d'é-poques. Histoire de pouvoir aussi goûter ce que l'on mangeait aux origines de notre société, l'auteur partage avec nous une quarantaine de recettes sorties tout droit du XVIIe siècle. Il y a de quoi donner des idées pour les repas des Fêtes. Encore faut-il vouloir apprêter le pigeon pour souper après en avoir aperçu une volée à la sortie du métro...

En établissant les bases alimentaires de notre gastronomie, À table en Nouvelle-France trace l'arbre généalogique d'une culture que nous cherchons encore, 400 ans plus tard, à garnir de nouvelles feuilles.