Essai - La LNH, une ligue d'Anglos ?

À talent égal, les joueurs anglophones ont plus de chances que les francophones du Québec de se tailler une place dans la LNH.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir À talent égal, les joueurs anglophones ont plus de chances que les francophones du Québec de se tailler une place dans la LNH.

Depuis 40 ans, 920 joueurs de hockey québécois ont été repêchés par des équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH). De ce nombre, 157 étaient anglophones. Ces derniers ne représentent que 8,5 % de la population québécoise, mais constituent 17 % des joueurs sélectionnés. Le fait de parler l'anglais rendrait-il meilleur au hockey?

C'est ce que semblent croire les dirigeants des équipes de la LNH. Selon Bob Sirois, ancien joueur des Flyers de Philadelphie et des Capitals de Washington, un joueur midget québécois francophone a une chance sur 618 d'être repêché trois ans plus tard par une équipe de la LNH, alors que son compatriote anglophone a une chance sur 334. «Si vous êtes francophone et que votre fils est talentueux au hockey mineur, écrit-il, anglicisez votre nom de famille et vous doublerez ainsi ses chances d'être repêché.» Tous ces jeunes, pourtant, bénéficient d'un encadrement identique.

Dans Le Québec mis en échec. La discrimination envers les Québécois dans la LNH, Sirois, grâce à une avalanche de statistiques, établit clairement que, dans cette ligue, les francophones sont considérés comme d'indésirables voleurs de job. Aussi doivent-ils, pour s'y tailler une place, être vraiment meilleurs que les autres, ce que confirme cette statistique selon laquelle 42 % des joueurs francophones ont remporté des honneurs individuels dans la LNH. Quand on n'a pas le choix, donc, on les prend, mais, à talent égal, on préfère des Anglos.

Depuis 10 ans, la formation Équipe Canada junior (ECJ) n'a compté dans ses rangs que 1,8 joueur québécois par année. Pour justifier cette misère, on a avancé les arguments suivants: les joueurs francophones seraient plus petits et moins lourds que leurs compatriotes anglophones et ils présenteraient un jeu défensif déficient. Sirois montre qu'il n'en est rien. Des écarts de 1 cm et de 1,4 kg ne sauraient justifier cette discrimination. De même, la preuve est faite qu'il ne se compte pas plus de buts dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) que dans les deux autres ligues de hockey junior canadiennes. Cela réfute la thèse des carences défensives des joueurs québécois francophones (majoritaires dans la LHJMQ), par ailleurs plus efficaces, en moyenne, dans la LNH, sur le plan offensif, que les joueurs anglophones.

De même, Sirois démontre que, peu importe l'angle choisi pour aborder la problématique, une seule conclusion s'impose : les joueurs québécois francophones sont victimes de discrimination, autant de la part des instances du hockey junior au Canada que des équipes de la LNH (les pires, à cet égard, étant Dallas, Nashville, Phoenix, Atlanta et la Caroline, alors que Montréal, Buffalo et Philadelphie font mieux).

Des solutions

Pour conjurer le sort, Sirois propose deux solutions: le retour d'une équipe de la LNH à Québec, puisque la grande rivalité Canadiens-Nordiques a incité ces deux équipes à faire une place importante aux francophones, qui ont ainsi pu se faire valoir, et la constitution d'une équipe du Québec junior qui participerait aux championnats mondiaux. S'il était souverain, le Québec, dans l'état actuel des choses, figurerait au quatrième rang, après le Canada, les États-Unis et la Russie, des pays qui fournissent le plus de joueurs à la LNH. «Étant donné que nous sommes une nation, comme le dit si bien Stephen Harper, notre premier ministre du Canada, le Québec pourrait très bien avoir sa propre équipe lors des prochains championnats de hockey junior», écrit Sirois. Il pourrait ainsi faire l'éclatante démonstration que le fait de parler français n'est pas un handicap sur la glace, ni ailleurs, soit dit en passant.

Rédigé dans un style rudimentaire, cet éclairant essai brille surtout par son luxe de statistiques éloquentes (je n'y ai relevé qu'une seule erreur: à la page 31, il est mentionné que 146 Québécois francophones ont joué plus de 200 matchs dans la LNH entre 1970 et 2009, alors que, à la page 186, il est fait mention que 176 d'entre eux auraient réalisé cet exploit). Appliqué au traitement des Québécois francophones dans les diverses instances sportives canadiennes, le même exercice d'analyse conclurait probablement à une semblable discrimination. C'est aussi ça, ne pas être souverain.

Collaborateur du Devoir

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