Mémoires - Des nouvelles d'Edgar

Tout le monde connaît son rire homérique venu d'outre-tombe, ses connaissances encyclopédiques sur la musique classique et sa discothèque légendaire. À l'aube de ses 80 ans, l'exubérant Edgar Fruitier couche sur papier ses 60 ans de carrière, ses élans musicaux, et jase de ses passions avec une ferveur adolescente. Portrait d'un excessif qui s'assume.

À part ce rire tonitruant qui lui sert de porte-étendard, on en sait trop peu sur cet épicurien jusqu'au-boutiste. Qu'est-ce qui destinait Edgar Fruitier, cadet d'une famille française protestante installée à Ville-Émard, à devenir l'homme de théâtre et de musique qu'on connaît aujourd'hui? Rien, sinon une passion précoce pour la lecture, qui, dès l'âge de 12 ans, le pousse à rogner sur les sous versés par sa mère pour ses dîners au collège, afin de mieux se repaître de livres et de partitions musicales.

Une mère qui l'éloigna d'ail-leurs des cours de piano, par crainte que sa passion dévorante ne le détourne de ses études. Autodidacte total, le jeune Edgar a donc appris seul à lire les notes et à décrypter les oeuvres classiques. Convaincu d'avoir raté sa vocation, il s'est tourné très tôt vers le théâtre. Sur l'importance de l'écoute musicale dans sa vie, Fruitier raconte qu'à 12 ans il s'abreuvait de plus de 12 heures de musique par jour, un sport auquel il ne consacre plus que huit heures... Excessif, dites-vous?

Les confidences de Fruitier en révèlent beaucoup sur cette obsession double, musicale et théâtrale, qui occupe toute la place d'une existence autrement ascétique. «Pour moi, la solitude est une des choses les plus extraordinaires qu'il puisse exister.» Outre sa passion avouée pour deux chats, le coloré Edgar file des jours paisibles sans âme soeur dans son refuge de Brossard, depuis 40 ans. «Je n'ai jamais pensé que la vie sentimentale avait en soi beaucoup d'importance. Donc ni homme, ni femme. Mes deux seules passions restent la musique et ma carrière dramatique», confie-t-il.

Interprète de Molière et de Tchekov, Loup-garou du Pirate Maboule de notre enfance et voix de M. Burns dans Les Simpson, Edgar Fruitier est — c'est le moins qu'on puisse dire — un hurluberlu polymorphe.

Sorte de Don Quichotte des temps modernes, il partage avec le personnage de Cervantès la même dégaine de grand maigre, une verve prolifique, le même optimisme délirant et une vision romanesque de la vie. Dans ses dernières pages, le bavard Edgar nous gratifie de ses recommandations musicales.

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Mémoires

Edgar Fruitier

Québec Amérique

Montréal, 2009, 176 pages

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