Les neuf vies de l'éditeur et écrivain François Maspero

L’éditeur François Maspero en 1967
Photo: Agence France-Presse (photo) L’éditeur François Maspero en 1967

Pourquoi diable en France une exposition consacrée aux éditions François Maspero, vingt-sept ans après leur fermeture? Parce que cette maison, riche d'un impressionnant catalogue, a marqué des générations d'étudiants, de militants, de chercheurs, d'éditeurs. En 1982, François Maspero, leur fondateur, était parti discrètement, laissant ses parts à François Gèze (qui allait poursuivre l'aventure à la tête des éditions La Découverte) pour entamer une nouvelle existence.

Du chat, François Maspero, né en 1931, n'a pas conservé que le sourire: il en a aussi adopté les vies multiples, au moins neuf selon la légende hindouiste. Le 20 février 1959 naissaient les éditions François Maspero, à côté de la librairie «La Joie de lire», qu'il avait acquise deux ans plus tôt. «C'est grâce à la librairie que je suis devenu éditeur, car j'ai pu rencontrer des auteurs», dit-il aujourd'hui. Libraire, éditeur de poésie et de sciences humaines, passeur, romancier, essayiste, voyageur, journaliste, traducteur, les vies gigognes de François Maspero se déclinent à l'envi.

De 1959 à 1982, une dizaine de revues et 1350 livres sont sortis de chez Maspero, au sein d'une trentaine de collections, parmi lesquelles «Voix», «Cahiers libres», «Textes à l'appui». «Il s'agissait avant tout d'un travail collectif», insiste-t-il en saluant au passage les rôles-clés de Fanchita Gonzalez Battle, d'Emile Copfermann, de Jean-Philippe Talbo-Bernigaud...

Pour l'historien Julien Hage, «François Maspero est un libraire-éditeur qui s'inscrit dans la grande tradition de Maurice Lachâtre, Charles Péguy, José Corti ou encore Eric Losfeld». Mais lorsqu'on suit attentivement le parcours de Maspero, ses combats politiques et ses démêlés judiciaires, un deuxième aspect saute aux yeux. «À travers le catalogue des éditions, note l'historien, on peut retracer une histoire de la gauche.»

Parti communiste

L'exposition comprend de nombreux documents savoureux, comme la lettre envoyée le 2 juin 1965 par Louis Althusser au camarade Henri Krasucki, alors membre du bureau politique du Parti communiste chargé de la culture: le philosophe marxiste y justifiait son choix de publier certains de ses textes chez François Maspero plutôt qu'aux éditions du PCF.

Aujourd'hui, Maspero rappelle qu'il a commencé à travailler à l'âge de 22 ans et qu'il «appartient à la dernière génération marquée par la Deuxième Guerre mondiale. On ne sortait pas de grandes écoles, mais on sentait que l'on avait une responsabilité par rapport à ce que l'on avait vécu», ajoute-t-il, avant de désigner, en la personne d'Eric Hazan, patron des éditions La Fabrique, celui des éditeurs contemporains dont le travail est le plus proche de celui des défuntes éditions Maspero.

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