Les 48 heures de la bédé à Montréal - Un contre-la-montre pour la bédé

Le bédéiste Vincent Giard à sa table de travail
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le bédéiste Vincent Giard à sa table de travail

Planche un, case un, un décor: le Goethe-Institut de Montréal. Viennent ensuite les personnages: une vingtaine de jeunes bédéistes d'ici et d'ailleurs avec le vent dans les voiles et une folle envie de dessiner. Et enfin l'action: une course à l'assemblage de cases et phylactères pendant deux jours, au coeur de la métropole.

C'est reparti pour un tour. Depuis ce matin et jusqu'à dimanche soir, Montréal s'est remis à vibrer au rythme des «48 heures de la bande dessinée». L'événement, orchestré par l'association d'auteurs baptisée ARTfaBULLE, se veut une ode à la création collective, en marge des grandes foires commerciales où le livre objet est souvent à l'honneur. Et, malgré sa grande jeunesse, à peine deux ans d'existence, cette rencontre serait là pour durer. Dit-on.

«Montréal, c'est la plaque tournante de la bande dessinée au Québec, lance à l'autre bout du fil le bédéiste Vincent Giard, un des organisateurs. Pourtant, il n'y a pas ici de festival consacré entièrement à cet art, pas d'espace de ce genre pour faire sortir les auteurs de leur caverne et pour leur permettre de montrer ce qu'ils sont capables de faire.»

Le vide est criant. Il cherche aussi partiellement à être comblé par ces 48 heures, une version allongée des 24 heures de la bédé qui, l'an dernier, se sont tenues entre les murs de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), à l'appel de la radio étudiante du coin, CHOQ.fm. «On s'est rendu compte que, en 24 heures, cet exercice de création était finalement très fatigant, dit Giard. Alors, on a décidé pour 2009 de prendre soin des auteurs et de leur donner une journée de plus pour qu'ils aient du plaisir.»

Cette année, le thème, tenu secret jusqu'à hier soir, est bien sûr en prise directe avec l'actualité: le mur, en hommage et en référence à celui qui est tombé à Berlin il y a 20 ans — c'était un 9 novembre. L'objectif reste également le même: concentrer le talent des participants pour créer, en deux jours et une nuit, un album de 36 pages, à 40 mains.

Et quelles mains... Il y a celles d'Éva Rollin, la mère de Mademoiselle (Glénat Québec), de Jimmy Beaulieu — Le Moral des troupes (Mécanique générale), c'est lui — ou encore de Pascal Girard, le p'tit gars derrière les grands Dans un cruchon (MG), Nicolas (MG) et Paresse (La Pastèque). La rencontre promet aussi de faire une belle place à des plumes ascendantes, ou sur le point de l'être, comme celles de Michel Hellman, Luc Bossé, Catherine Genest, Sacha Goerg. Pour ne citer qu'eux.

Avec en tête le projet fou de remettre l'artiste et ses histoires — plutôt que le nombre d'albums écoulés sur le marché — au centre du 9e art, ces 48 heures rêvent aussi de trouver leur place dans leur époque: les détails de ce contre-la-montre seront exposés heure par heure dans un blogue (48hbdmontreal.com). Quant au résultat final, soit l'album ainsi créé, il sera mis en forme et en pages durant la semaine pour être distribué la fin de semaine prochaine, à l'occasion de l'Expozine 2009, la foire annuelle des petits éditeurs de bande dessinée et de fanzine. Et ce, «gratuitement», soulignent à gros traits les organisateurs, qui veulent bien être traités d'adeptes de la concentration — temporelle, s'entend — mais certainement pas d'incohérents.