Le Médicis à Dany Laferrière - «Je n'ai aucun sens de la carrière. J'écris des livres, c'est tout.»

Dany Laferrière, Prix Médicis 2009
Photo: Agence France-Presse (photo) Dany Laferrière, Prix Médicis 2009

Avec toute la désinvolture qu'on lui connaît, Dany Laferrière était l'objet de l'attention du Tout-Paris hier, après avoir été sacré lauréat du prix Médicis pour son dernier livre, L'Énigme du retour, devenant ainsi le second écrivain québécois à accéder à ce cercle littéraire restreint.

Décrété vainqueur dans la catégorie «roman français» dès le premier tour de scrutin devant Alain Blottière pour Le Tombeau de Tommy, Laferrière s'est dit hier comblé de remporter ce prix qui, a-t-il dit au Devoir, lui sied comme un gant.

Toujours fanfaron, il s'est empressé d'ajouter que ce prix lui allait d'ailleurs bien mieux que le Goncourt, décerné plus tôt cette semaine à l'auteure sénégalaise Marie NDiaye par les pontes de la littérature française.

«Le Médicis est un prix à part. C'est un prix élégant et discret en dehors du grand bruit qui touche le lecteur qui est à l'affût de la grande littérature. Ça va avec mon livre, qui n'est pas gras, mais fait d'une structure plus maigre», a-t-il dit, grasseyant bien ses «r» avec la verve qui le caractérise.

Quarante-trois ans après Marie-Claire Blais, lauréate du prix Médicis en 1966 pour Une saison dans la vie d'Emmanuel, Laferrière devient ainsi le second écrivain québécois à recevoir cet honneur. Quoique, à Paris, on désignait souvent hier l'écrivain, établi depuis 33 ans au Québec, comme un «enfant de Port-au-Prince».

Sous le feu des projecteurs depuis le début de la journée, Laferrière, éternel débonnaire, était visiblement comme un poisson dans l'eau dans ce tourbillon médiatique, enfilant les entrevues à la chaîne et lançant même à la blague aux photographes de la presse française qui lui demandaient de poser avec son roman dans les mains: «C'est mon corps que vous voulez?»

Celui qui est toujours en lice pour le prix Femina, le prix France Télévision, le prix France culture Télérama et le prix Wepler s'est montré malgré tout humble devant toute cette agitation.

«Je n'ai aucun sens de la carrière. J'écris des livres, c'est tout. Il y a 19 ans, mon premier livre a fait beaucoup plus de tapage que ça. On en a même fait un film et je n'ai pas perdu la tête! Il n'y a pas de raison pour que je la perde maintenant», a lancé l'écrivain prolixe, qui dit ne pas avoir l'intention de passer plus de temps dans l'Hexagone pour autant.

Même si là-bas les prix littéraires les plus prestigieux sont gage de notoriété et de ventes monstres en librairie, l'auteur du Goût des jeunes filles (1992) et de Je suis fou de Vava (2006) ne pense pas que cette médaille changera quoi que ce soit à son emploi du temps.

«J'écris comme je veux, et quand je veux. Je ne vois pas ce que ce prix peut changer. C'est sûr que ça va élargir mon lectorat. Je suppose que mes lecteurs vont avoir une raison de plus de recommander mes livres à leurs amis», dit-il en rigolant.

Pascal Assathiany, le patron de Boréal, la maison d'édition qui publie Laferrière au Québec, était d'ailleurs sur place pour partager ce «moment de bonheur» avec son auteur. «C'est une joie de voir un livre qu'on a aimé être récompensé de la sorte, a-t-il commenté. Je pense que c'est une consécration extraordinaire pour Dany Laferrière.»

Créé en 1958, le prix Médicis est souvent décrit comme le plus culturel et le plus littéraire des prix français. Contrairement au Goncourt, qui peut faire vendre à son lauréat des centaines de milliers de livres, il garantit en France des ventes de 50 000 à 60 000 exemplaires. Au Québec, 20 000 exemplaires du roman ont été vendus à ce jour, mais ce prix viendra gonfler les ventes d'ici Noël.

Double exil

L'Énigme du retour, une oeuvre grave et intimiste, ponctuée de haïkus et de vers, considérée par plusieurs critiques comme étant la plus achevée de Dany Laferrière, traite de la mort du père et du retour dans son pays natal après 33 ans d'exil. Plus que le sujet, c'est la forme du roman qui a séduit le jury, croit Dany Laferrière.

«Ce livre, ce n'est qu'un autre chapitre de mon autobiographie américaine. Ce n'est pas un livre d'idées ni d'idéologie. Et cette Amérique dont je parle n'est pas celle qui fascine les Français. C'est un livre dont le style et la forme le distinguent des autres et, dans ce prix, il faut se démarquer», assure-t-il, très terre à terre.

Né à Port-au-Prince en avril 1953, Dany Laferrière, baptisé Windsor Klébert Laferrière en hommage à son père, a passé sa tendre enfance réfugié à Petit-Goâve avec sa mère. Persécuté par le régime Duvalier, son père, ex-maire de Port-au-Prince et ancien sous-secrétaire d'État au Commerce, était alors déjà en exil. Journaliste, il a subi très tôt les menaces des «tontons macoutes», qui lyncheront son ami journaliste Gasner Raymond, âgé alors de 23 ans. En 1976, il quitte Port-au-Prince précipitamment pour Montréal, où, nouvel immigrant, il travaillera, entre autres, dans des usines.

Avec son premier roman, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer (1985), Laferrière a acquis une notoriété rapide et a publié par la suite 18 romans dont neuf sont liés à ce que Laferrière surnomme son «autobiographie américaine».

Loquace et gavroche, Laferrière, qui a été tour à tour chroniqueur dans plusieurs médias, éditorialiste et même annonceur météo (!), vit maintenant au Québec, après avoir partagé son temps entre New York et Miami jusqu'à la fin des années 90.

Qualifié d'oeuvre «superbe» par le chroniqueur du Monde en septembre dernier, L'Énigme du retour évoque pour Dany Laferrière plus qu'un voyage au pays de l'exil: un voyage au coeur d'un temps envolé. Un aller simple vers la mort, celle d'un père décédé qu'il n'a jamais connu.

«On est toujours en exil. L'exil géographique est facile à régler, mais l'exil le plus fort et le plus impitoyable est celui du temps. Mon enfance me manque plus cruellement que mon pays», affirmait-il récemment en entrevue.
13 commentaires
  • Christian Harvey - Inscrit 5 novembre 2009 02 h 48

    Pas carriériste ? Vraiment?

    Laferrière pas carriériste? Il se consacre à son autopromotion depuis des décennies sans vergogne et avec succès dans les médias du Québec et ailleurs quand il le peut. Peut-il au moins être honnête? Et son appui stratégique à Michaëlle Jean? Combien a-t-il reçu de prix du gouverneur général depuis? Tant mieux s'il épate la galerie il l'a bien mérité de sa patrie canadienne et de toutes les autres qui lui servent de tremplin.

  • quintalg - Abonné 5 novembre 2009 06 h 50

    Pour les mordus de Dany Lafrenière.

    Ceux et celles qui aimeraient en connaître davantage sur l'auteur, il existe une étude approfondie réalisée par une chercheure autrichienne dont je vous livre la référence: MATHIS-MOSER Ursula, «Dany Lafrenière, la dérive américaine», VLB éditeur, 2003, 338 p.
    G. Quintal

  • Augustin Rehel - Inscrit 5 novembre 2009 07 h 30

    Les premières impressions...

    Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer ,,,

    J'ai lu quelques pages et j'ai l'impression d,avoir perdu mon temps. On ne m'y reprendra plus!

  • jacques noel - Inscrit 5 novembre 2009 08 h 22

    "Écrivain québécois" Quoi?

    Allez lire Le Monde et trouvez-moi l'écrivain québécois?

    http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/11/04/le

    On parle bien d'écrivain haitien. (le mot québécois est totalement absent de l'article)

    Laferrière parle comme un Haitien, pense comme un Haitien, réagit comme un Haitien. Laferrière est haitien. Il n'a rien de québécois.

    Mervill est québécois. Kavanagh est québécois. Gregory Charles est québécois. Mais Laferrière est haitien. Comme Michaelle Jean.

  • Christian Harvey - Inscrit 5 novembre 2009 08 h 55

    Pas de plan de carrière?

    Pauvre Laferrière il y a plus de vingt-cinq ans qu'il se promène de médias en médias pour vendre sa personne autant que son oeuvre! Son intervention en faveur de Michaêlle Jean lui a bien valu quelques prix du gouverneur général... Il sait y faire avec ses diverses nationalités bien mieux que de grands écrivains québécois dont on ne parle jamais dans les médias.