Le prix Goncourt à Marie NDiaye pour Trois Femmes puissantes

Marie NDiaye, 42 ans, est la première femme à obtenir le Goncourt depuis 1998.

Trois Femmes puissantes, publié par Gallimard, regroupe trois récits dont les héroïnes résistent pour préserver leur dignité, entre la France et l'Afrique. La première, Norah, une avocate parisienne, rend visite à son père à Dakar, pour des retrouvailles malaisées. La deuxième, Fanta, quitte son Sénégal natal pour suivre son mari en France, où elle s'ennuie. La dernière, Khady, jeune veuve, erre entre l'Afrique et l'Europe, sans espoir.

«Je suis très contente d'être une femme qui reçoit le prix Goncourt», a déclaré cette élégante jeune femme à la presse en arrivant devant le restaurant Drouant à Paris où le prix venait de lui être attribué.

Elle a été couronnée au premier tour avec cinq voix contre deux à Jean-Philippe Toussaint pour La Vérité sur Marie et une voix à Delphine de Vigan pour Les Heures souterraines.

«Une sorte de miracle s'était déjà produit avec le succès du livre», a-t-elle ajouté. «Ce prix est inattendu. C'est aussi le couronnement et la récompense de 25 ans d'écriture.»

Auteure d'une vingtaine de romans et recueils, Marie NDiaye est née le 4 juin 1967 à Pithiviers, dans le centre de la France, d'un père sénégalais et d'une mère française, enseignante, qui l'a élevée en banlieue parisienne.

Dans ses récits mêlant réalisme et surnaturel, la romancière évoque des êtres déchirés entre deux cultures et leur difficulté à trouver une place dans le monde.

«Je suis allée deux ou trois fois en Afrique, c'est un lieu qui m'intrigue, me fascine aussi, car je sens que j'y suis radicalement étrangère [...] Ironiquement, c'est en France que je peux paraître étrangère», expliquait-elle cet été dans une interview à l'hebdomadaire Les Inrockuptibles.

Marie NDiaye, qui dit trouver la France de Nicolas Sarkozy «monstrueuse» et fustige une «atmosphère de flicage», s'est installée après l'élection présidentielle de 2007 à Berlin avec son mari, l'écrivain Jean-Yves Cendrey.

Elle est la soeur de l'historien et sociologue Pap NDiaye, auteur de travaux sur la place des Noirs dans la société française. Elle-même ne se perçoit pas comme une «penseuse» ni un écrivain militant.

À l'âge de 18 ans, elle publie son premier roman, Quant au riche avenir (1985). Elle abandonne rapidement ses études pour se consacrer à l'écriture et enchaîne depuis romans et recueils de nouvelles. Une vingtaine en 24 ans, parus pour l'essentiel chez Minuit puis chez Gallimard. Comédie classique (1988), La Femme changée en bûche (1989), La Sorcière (1996)...

Une première consécration vient en 2001 avec le prix Femina pour Rosie Carpe, dont l'héroïne issue d'un mariage mixte navigue entre Guadeloupe et France profonde.

Avec Papa doit manger, elle est l'un des très rares auteurs vivants à entrer, en 2003, au répertoire de la Comédie-Française.


Prix Renaudot

Le prix Renaudot 2009, autre prix littéraire important en France, a été attribué hier à Frédéric Beigbeder pour Un roman français (Grasset).

Trublion de l'édition française devenu l'un des piliers de la critique littéraire, Frédéric Beigbeder obtient pour sa part une nouvelle consécration. Un roman français, son récit autobiographique, fleure la province profonde. Fatigué des nuits de défonce dans les boîtes de nuit parisiennes, l'ex-jet-setter livre le récit sensible de son enfance béarnaise.

L'écrivain Frédéric Beigbeder a déclaré: «Le Renaudot est la meilleure des drogues, vraiment je le conseille, c'est extrêmement agréable.»

«J'ai une pensée pour le procureur de Paris, à qui je dois beaucoup. Je n'aurais pas écrit ce livre si je n'avais pas été mis en garde à vue. Je remercie également les policiers du huitième arrondissement», a ironisé l'écrivain.

Dans Un roman français, Beigbeder raconte son interpellation le 29 janvier 2008 en plein Paris alors qu'il consommait de la cocaïne sur le capot d'une voiture. Il avait été alors mis en garde à vue puis transféré au «dépôt». Dans la première version du livre, l'auteur s'en prenait brutalement au procureur Jean-Claude Marin, qu'il accusait d'avoir prolongé sa garde à vue.

Les éditions Grasset ont caviardé, avec le consentement de l'auteur, quatre pages de cette première mouture. Dans la version édulcorée, certaines attaques ont disparu. «Je ne peux pas écrire ici tout le bien que je pense de "Jicé". Jean-Claude Marin est procureur de Paris: il faut faire super gaffe quand on écrit sur lui», écrit-il.

Revenant sur cette polémique avec le haut magistrat, Frédéric Beigbeder a évoqué «un mini-scandale complètement absurde et oublié aujourd'hui. Tant mieux». «Le Renaudot efface tout, il remet, j'espère, mon travail là où il doit être, c'est-à-dire humble et sincère», a estimé le romancier.

Auteur comblé de 99 francs en 2000 (400 000 exemplaires vendus et une adaptation au cinéma en 2007), Frédéric Beigbeder a déjà obtenu le prix Interallié 2003 avec Windows on the World.

Le prix Renaudot de l'essai a été décerné à Daniel Cordier pour Alias Caracalla (Gallimard). Enfin, le Renaudot du livre de poche, attribué pour la première fois, a récompensé Hubert Haddad pour Palestine.

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Avec Le Monde et Libération

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