Festival international de littérature - Philippe Djian : de la musique des mots

Philippe Djian a découvert la scène il y a à peine un an, au hasard de sa collaboration de longue date avec le chanteur Stephan Eicher, pour lequel il a déjà écrit les paroles d'une cinquantaine de chansons. Le Festival international de littérature accueillera donc le duo Djian-Eicher, dans un spectacle littéraire donné les 24 et 25 septembre, à la Cinquième salle de la Place des Arts.

Mais Philippe Djian lançait aussi plus tôt cette année un roman, Impardonnables, qui sera bientôt adapté au cinéma par André Téchiné. Joint par téléphone à Paris, l'auteur parle de ses fréquentations avec la littérature et avec la musique.

D'abord, Philippe Djian travaille sur la sonorité des mots, même quand il écrit des romans. Il a d'ailleurs rencontré Stephan Eicher après avoir proposé de présenter des textes à une émission

qui s'appelait Les Enfants du rock, animée par Antoine de Caunes.

«Avant l'histoire, dit-il, il y a la langue, l'écriture, le style, la rythmique à l'intérieur d'une phrase.» Il se souvient qu'un jour, un journaliste du Nouvel Observateur n'avait pas apprécié qu'il dise vouloir écrire comme Lou Reed. «Mais c'était lui qui se trompait», dit-il.

Pour Philippe Djian, écrire pourrait ainsi équivaloir à tenir une note. Et il cite Céline qui disait: «si vous voulez des histoires, achetez les journaux». Pour lui, Shakespeare avait déjà tout dit. Et à l'écrivain d'aujourd'hui, «il reste la langue et l'angle».

L'angle d'Impardonnables, c'est la douleur d'un père, Francis, qui, après avoir vu mourir sa fille et sa femme, voit sa deuxième fille, actrice, disparaître, alors que sa deuxième femme s'absente de plus en plus souvent du foyer familial.

Il aborde alors l'incroyable star-système qui fait tourner l'industrie des magazines à potins, l'actrice en question ayant monté un canular pour promouvoir sa carrière.

«Il ne pensait pas que sa fille puisse faire passer sa carrière avant leur relation. C'était insupportable pour un homme qui avait vécu ce qu'il avait vécu», dit Djian.

Au milieu de ce tourbillon, c'est dans l'écriture que Francis reprendra pied, l'écriture qui érige autour de lui le rempart nécessaire à sa survie.

Pour Djian, c'est d'ailleurs l'occasion d'aborder largement le rapport à la littérature, d'abord avec des boutades: «Rien n'était plus dur que d'écrire un roman. Aucune besogne humaine ne réclamait autant d'effort, autant d'abnégation, autant de résistance. Aucun peintre, aucun musicien n'arrivait à la cheville d'un romancier. Tout le monde le sentait bien», puis, avec l'expérience: «perdre un lecteur est pire que recevoir cent coups de fouet. Perdre un lecteur est une terrible sanction».

Entre la chanson et le roman, il arrive que Philippe Djian écrive de la poésie. Une poésie intime, qu'il écrit pour lui-même et qu'il refuse d'exposer au grand public, où il trouve plus de liberté que dans la chanson.