Revues - La bataille de L'Inconvénient

Dans son numéro d'août 2009, la revue L'Inconvénient souligne, à sa façon littéraire et ironique, le 250e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham et la controverse suscitée par le projet de la reconstituer.

Fallait-il rejouer l'affaire? Selon Alain Roy, cette polémique a opposé deux camps: les historiophiles, des souverainistes pour lesquels l'histoire reste une source de sens pour aujourd'hui, et les historiophobes, des fédéralistes qui, parce qu'ils souhaitent s'en affranchir, transforment le passé en «un objet de reconstitution qui sert au témoignage de notre supériorité présente». Pour Roy, la reconstitution ne visait pas à faire «revivre le passé» mais à «décréter sa mort», en montrant que ces affrontements nationaux ne sont plus le lot des êtres multiculturels que nous sommes.

Isabelle Daunais, elle, con-teste l'argument pédagogique avancé par les partisans de la reconstitution. Le geste de se substituer à autrui, de prendre possession de son identité, dans le cadre d'un spectacle «vécu», sans la distance que procure la fiction, «n'est pas du tout le même que celui de vivre à ses côtés et de se confronter à lui». La simple décence morale devrait plutôt nous inciter à laisser au passé et à ceux qui y vécurent ne serait-ce qu'un peu de leur zone d'ombre, sans nous interdire, évidemment, de les fréquenter par l'histoire et la littérature.