Marc Lévy, citoyen du monde

Le populaire romancier français Marc Lévy était de passage à Montréal cette semaine avant de se rendre à Eastman, dans les Cantons-de-l’Est.
Photo: Jacques Grenier Le populaire romancier français Marc Lévy était de passage à Montréal cette semaine avant de se rendre à Eastman, dans les Cantons-de-l’Est.

L'une des têtes d'affiche, mais assurément la plus grosse pointure des Correspondances d'Eastman cette année, Marc Lévy ne chôme pas depuis jeudi. Les organisateurs lui ont organisé un horaire béton, où se succèdent soirées, entrevues et causeries avec les lecteurs. Tout un bain dans les Cantons-de-l'Est, pour l'auteur français, qui en est à sa première visite aux rendez-vous littéraires.

Comme d'habitude, le con-texte est chou comme tout. Aux Correspondances, les amoureux de la plume se rencontrent et échangent en plein air, dans les jardins. Pour le timide Marc Lévy, abonné des dédicaces monstres dans les grandes surfaces de ce monde, ça fait toute la différence. «Et le fait d'être à l'extérieur, ça donne un côté aussi plus convivial. J'aime quand c'est à échelle humaine.»

Vers l'autre

Au cours de l'entretien, le populaire romancier français, qui gravite au sommet des palmarès de vente depuis son arrivée dans l'univers littéraire, rappellera à maintes reprises l'importance de l'humain pour lui. Des valeurs, de l'humilité. Du vrai.

La preuve: il répond à chacune des lettres que lui envoient les lecteurs. Mercredi matin, ce sont 1391 courriels qui patientaient dans sa boîte de réception, attendant leur reply. «Si les gens prennent de leur temps pour m'écrire, je ne vois pas pourquoi je ne prendrais pas du mien pour le faire. Ma vie n'est pas plus importante que la leur», constate-t-il. Des amitiés se tissent même à travers les échanges; «rarissimes», certes, mais il entretient une correspondance avec quelques-uns de ses lecteurs. «Ils m'ont envoyé des lettres qui m'ont marqué ou qui m'ont fait rire. Une correspondance démarre parce qu'il y a un humour», explique Marc Lévy, tout en précisant qu'il n'y a pas de recette aux liaisons épistolaires.

Et de l'humour, il n'en manque pas. Depuis Et si c'était vrai, en 2000, il a vendu plus de 17 millions de ses romans, traduits en 41 langues. Un succès qui lui est complètement étranger. «Le seul moment où l'on m'en parle, c'est dans les entrevues. Je viens d'une famille où on a une vraie culture de l'humour et une détestation de tout ce qui n'est pas humble. Je crois que, si je disais à ma mère, dans une même matinée, que j'ai vendu 17 millions d'exemplaires de mes livres et que j'ai perdu trois kilos, elle me dirait: "C'est bien que tu aies perdu trois kilos, tu en avais besoin".»

C'est le thème «Nos Amériques» qui teinte les Correspondances d'Eastman cette année. Le romancier, qui habite hors de la France depuis dix ans, s'est établi l'année dernière à New York. Sur son île, il avoue que le fait de cohabiter avec 160 communautés culturelles a un impact concret sur sa vie. «C'est une ode quasi permanente à la tolérance. Ça m'apporte une perspective et une liberté que je ne pourrais pas avoir à Paris.» Déménager, s'exiler, voyager, cela demande, eh oui, une dose d'humilité quotidienne. «On doit aller vers les autres en permanence. Et à New York, peu importe votre niveau social ou culturel, vous êtes un étranger parmi les étrangers.»

Ce week-end, il ne sera pas seul de sa trempe dans les boisés. Ses collègues Nicolas Dickner, Dany Laferrière, Robert Lalonde, Catherine Mavrikakis, Madeleine Monette et Francine Ruel ne sont que quelques-uns des auteurs qui se joindront à lui pour rencontrer les lecteurs à Eastman. Un véritable bassin de «rencontres humaines», comme dit Lévy.

Un «grand roman d'aventures»

Dans Le Premier Jour, son neuvième et dernier roman, arrivé en même temps que l'été, Marc Lévy a la bougeotte. Ses protagonistes, Adrian l'astrophysicien et Keira l'archéologue, sont à la recherche de l'origine de la naissance du monde à partir d'un curieux pendentif. Pour y parvenir, ils multiplient les escales et butinent d'un pays à l'autre à une vitesse qui donne le tournis. N'avait-il pas envie de les faire souffler, entre une découverte et un baiser? «Non, je n'en avais pas envie. Pour moi, ce roman est comme un Tour du monde en 80 jours. Pour celui-ci, je me suis permis toutes les libertés.» Car, en plus de nous faire passer de l'Éthiopie à Paris, en passant par Londres pour ensuite nous emmener faire une petite virée à Rome, à Francfort et à Pékin pour en ajouter quelques autres au fil des chapitres, le romancier s'est amusé avec les styles. «Le Premier Jour, j'en ai fait aussi un thriller, un roman d'aventures et, surtout, un roman voyageur. Mais attendez, ce n'est pas fini. Dans le deuxième tome, ils voyagent aussi.»

La Première Nuit succédera ainsi au Premier Jour, lorsque l'hiver s'installera. Pour savoir si les personnages de cette suite feront un saut en Amérique, il faut savoir décoder son sourire narquois. «Ils vont aller vers le nord. Vers le sud. Vers l'ouest aussi.» Le tour du monde, quoi.

«La première fois que j'ai remarqué le pouvoir d'évasion d'un roman, je lisais La Nuit des temps de Barjavel sous une couette dans une chambre bien chaude. Malgré tout, je grelottais de froid. C'est ça, la puissance du roman. Celle de vous transporter ailleurs», explique l'auteur, dont les livres cartonnent dans les librairies d'aéroport autant qu'ils sont légion dans les transports

en commun.

Imprimé en plus grand caractère que le titre de ses livres, le nom de Marc Lévy est devenu une sorte de sceau de certification, une valeur sûre pour les lecteurs. Pour explorer de nouvelles avenues littéraires, le romancier ne serait pourtant pas tenté de se cacher sous un pseudonyme. «Les détracteurs vous diront que je ne suis pas un auteur, mais une marque, et que sans elle les livres ne se vendraient plus.» Emprunter un autre nom serait donner «vachement d'importance à ces gens», dit-il. «Quoi qu'on fasse, on a toujours des détracteurs.»

La critique

C'est d'ailleurs en abordant le sujet de la critique que Lévy se fait le plus volubile. La critique européenne ne l'épargne pas, loin de là. «Prose d'aéroport», «romance guimauve», mais ça, c'est de la dentelle, il y a bien plus vil.

Si elle n'est pas généralisée, une poignée de critiques littéraires qui travaillent dans les gros hebdos français se démarquent du lot, dit le romancier. Ces «précieuses ridicules», comme il les a baptisées, assassinent ses livres chaque année depuis neuf ans. «Mais bon, si vous saviez comment je m'en fous! La plupart d'entre eux écrivent dans des journaux qui revendiquent d'être de gauche, mais ils ne supportent pas la littérature populaire», dit-il, à demi surpris par ce paradoxe.

«J'ai tout pour être détesté du milieu. Je suis arrivé sans prévenir, je suis Français, j'ai écrit mon premier roman dans l'univers de la comédie. En plus, j'ai des personnages qui sont gentils!»

À côté, la famille littéraire de notre continent fait figure d'enfant de choeur. Lévy y voit un plus grand appétit de diversité. «Ici, au Canada, on se prend beaucoup moins au sérieux, je pense.»

N'empêche que la majorité se régale de la chansonnette que Lévy fredonne et répète chaque année. Finalement, il doit certainement être aimé puisque c'est par centaine que les lecteurs se rendent aux séances de dédicaces pour passer quelques minutes avec l'auteur, au grand plaisir de son éditrice. «Moi, ça me terrorise. Mais en même temps, j'adore ça. J'adore rencontrer les gens.»

Dans ce cas, le grand timide aurait-il préféré obtenir moins de succès? Même pas un tout petit peu moins? Il sourit en regardant l'horizon. «Non. Je n'aurais pas aimé avoir une moins grosse popularité. Ce serait être de mauvaise foi, non?»

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