Poésie - Nécessaire anthologie de la poésie acadienne

Le chanteur et poète Fredric Gary Comeau
Photo: Le chanteur et poète Fredric Gary Comeau

L'anthologie que nous propose Serge Patrice Thibodeau s'offre à la fois comme une présentation, surtout actuelle, de la poésie acadienne — même si certains textes sont dus à un auteur né en 1884, le plus jeune est né en 1983 —, mais aussi comme une sorte de catalogue impressionnant des publications des Éditions Perce-Neige d'où sont extraits la plupart des poèmes.

Dans une préface éclairante, l'anthologiste nous indique qu'«on observe entre autres dans cette poésie le phénomène identitaire et ses dérives; le temps cyclique et les quatre saisons [...]; le rapport à la langue et les variantes du français [...]; l'usage baroque des symboles de la foi catholique romaine; le profond sentiment d'appartenance à l'Amérique; la convivialité avec la langue anglaise et les langues étrangères; les pôles contradictoires que sont l'appel de la route et les gestes banals du quotidien; [...] une forme d'autodérision débridée [...]». Bref, il y a de quoi méditer sur cette survivance d'une langue qui transporte émotion et vérité, obstination vive et détermination à se perpétuer.

Thibodeau se questionne: «Peut-on s'aventurer à dire que la poésie acadienne est unique en ce sens qu'elle permet d'archiver le passage de l'oral à l'écrit, dans une microsociété qui ne cesse de penser à demain?» Ouvrir ce livre, c'est rapidement entrer dans l'Histoire. Ainsi, assiste-t-on à la bataille de Grand-Pré, chez Napoléon Landry, ou à la bataille de Restigouche, chez François Lanteigne. Les auteurs étant classés par date de naissance, nous traversons ainsi divers styles, du plus classique des vers à certaines surprises, comme ce poème en forme de calice du même Lanteigne. Mais très vite, le parti pris de l'actualité poétique prend le dessus: 12 femmes pour 37 hommes se répartissent les propositions, alors que seulement quatre poètes d'avant 1927 sont retenus.

Peut-on faire reproche à Thibodeau de nous proposer, somme toute, une série de productions plutôt très récentes, ne donnant pas une vision historique réelle de la production poétique d'Acadie? Il ne s'en explique pas, bien qu'il fasse remonter ce genre à 1860 et parle de publications à compte d'auteur ou dans les journaux (comme c'était le cas au Québec). Mais ne boudons pas notre plaisir, et soyons heureux de relire des France Daigle, Jean-Philippe Raîche, Fredric Gary Comeau ou Dyane Léger. Peut-être, en fin de compte, est-il plus dynamique de traverser le présent vivant d'une langue qui témoigne de sa propre dynamique!

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Collaborateur du Devoir

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ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE ACADIENNE

Édition de Serge Patrice Thibodeau

Liminaire de Jean-Philippe Raîche

Éditions Perce-Neige

Moncton, 2009, 296 pages

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