Bibliothèque et Archives nationales du Québec - Mission accomplie pour Lise Bissonnette

Le projet lancé en 1998 par Lise Bissonnette s’avère, onze années plus tard, un triomphe complet.
Photo: Jacques Grenier Le projet lancé en 1998 par Lise Bissonnette s’avère, onze années plus tard, un triomphe complet.

Le 22 juin prochain, Lise Bissonnette quittera Bibliothèque et Archives nationales du Québec, qu'elle a fondée, après 11 ans de service. Elle y sera remplacée par Guy Berthiaume, à ce jour vice-recteur à la recherche et à la création de l'UQAM. Retour sur le chemin parcouru.

Petite, alors qu'elle vivait à Rouyn-Noranda, Lise Bissonnette, affamée de lecture, avait vite fait le tour de la bibliothèque familiale, et même des maigres rayons, «l'ombre d'une bibliothèque», qui se trouvaient à l'hôtel de ville de Rouyn-Noranda. En fait, c'est à 15 ans, alors qu'elle était pensionnaire à Hull et qu'elle fréquentait la bibliothèque d'Ottawa, fondée par Andrew Carnegie, que Lise Bissonnette découvre l'immensité des possibilités de la lecture.

«Au pensionnat, les religieuses gardaient l'index des livres interdits ouvert sur le rebord de la fenêtre, je le consultais pour savoir quoi lire», se souvient-elle en riant. À la bibliothèque d'Ottawa, Lise Bissonnette découvre aussi la littérature «canadienne-française», celle de Marie-Claire Blais, d'Yves Thériault, ou de Claire Martin. Fait étonnant quand on sait que la Ville de Montréal, sous la pression des ultramontains, avait refusé les fonds offerts par le même Andrew Carnegie pour ouvrir sa propre bibliothèque...

Ce retard historique des Québécois par rapport à la lecture, qui s'accompagne d'ailleurs parfois d'un retard scolaire, Lise Bissonnette le mesure donc depuis l'enfance. Et le projet de la Grande Bibliothèque, qui est devenue depuis Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), n'est pas étranger à cette conscience de la nécessité de valoriser la lecture ici. Car cette transmission du plaisir et du désir de lire ne se fait pas automatiquement dans les familles, où les parents ne font pas toujours de suggestions de lecture à leurs enfants, dit-elle. L'ancien premier ministre Maurice Duplessis lui-même ne s'est-il pas déjà vanté de n'avoir jamais lu un livre de sa vie? «Je suis convaincue que ce n'était pas vrai», dit Lise Bissonnette en entrevue, ajoutant croire que l'ancien premier ministre du Québec «cachait sa culture par démagogie».

La Grande Bibliothèque, Lise Bissonnette dit l'avoir d'abord défendue dans l'hostilité générale, notamment dans celle des médias, elle qui a été longtemps directrice du Devoir. À l'aube d'une importante révolution technologique, le projet, qui a pris naissance en 1998, proposait la construction d'un imposant bâtiment, et survenait alors que l'on s'interrogeait sur la pertinence de soutenir les bibliothèques localement.

Onze ans plus tard, Bibliothèque et Archives nationales du Québec est un triomphe complet. La Grande Bibliothèque accueille à elle seule quelque 10 000 usagers par jour, et la numérisation est l'un des dossiers en cours les plus imposants de l'institution. BAnQ travaille en réseau avec des bibliothèques situées partout au Québec. «C'est la plus grande institution culturelle du Québec», écrit Lise Bissonnette dans l'épilogue du livre, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, un siècle d'histoire, publié chez Fides, signé Denis Goulet, et qu'elle lançait hier à la Grande Bibliothèque tout en prononçant ses adieux.

Un portail à réorganiser

Du grand bureau du 4e étage qu'elle s'apprête à quitter, Lise Bissonnette aime observer le flot constant des lecteurs, venant chaque jour lire en ce lieu tranquille. En entrevue, elle dit être particulièrement fière de la fusion des quatre grands secteurs de développement de Bibliothèque et Archives nationales du Québec: la Grande Bibliothèque, la Bibliothèque nationale, qui procède au dépôt légal de toutes les oeuvres québécoises comme de toutes celles portant sur le Québec dans le monde, les Archives nationales du Québec, et Bibliothèque et Archives virtuelles du Québec, portail que le successeur de Mme Bissonnette, Guy Berthiaume, s'activera en premier lieu à réorganiser.

«On va vouloir mettre à la disposition des usagers l'ensemble des ressources, explique le principal intéressé, qui entrera en fonction le 22 juin prochain. L'information va pouvoir être consultée plus facilement.» «Ce qui rend la grande bibliothèque intéressante, ajoute-t-il, c'est qu'elle a été conçue non pas avant, mais au moment même où on avait cette exposition technologique».

Pourtant, alors qu'elles sont au coeur de la révolution technologique et donc éminemment accessibles à tous, les bibliothèques demeurent mal appréciées du milieu culturel, qui ne les inclut pas systématiquement dans ses initiatives ou ses démarches, déplore Lise Bissonnette. Lors d'un événement culturel tenu dans un village par exemple, on invitera le directeur du musée, celui du cinéma, mais pas nécessairement celui de la bibliothèque, rapporte-t-elle.

Ancien professeur d'histoire, à ce jour vice-recteur de la recherche et de la création à l'UQAM, Guy Berthiaume n'entend pas amorcer de virage majeur à BAnQ, une institution, dit-il, qui est bien installée sur ses rails. Il compte cependant accentuer la collaboration entre BAnQ et les différentes institutions culturelles du Québec, que ce soient les musées ou Télé-Québec par exemple. Il veut approfondir la collaboration avec les bibliothèques universitaires, et mieux faire connaître les ressources de BAnQ par la communication. Pas plus que Lise Bissonnette, il ne s'inquiète du fait de ne pas être bibliothécaire de formation: «On cherchait un généraliste», dit-il, pour succéder à Lise Bissonnette qui était elle-même issue du milieu du journalisme et de l'enseignement. Quant aux chutes de quelques-unes des nombreuses lames de verre qui couvrent l'édifice de la rue Berri, il les considère comme un «problème relativement mineur», qui n'a pas été sa première préoccupation au moment d'accepter le poste.

Enfin, BAnQ lançait hier le premier numéro de sa revue savante, qui réunit des textes de différents chercheurs. Cette revue, écrit Lise Bissonnette en introduction, accueillera «à la fois des chercheurs chevronnés qui travaillent avec nous dans nos fonds littéraires ou historiques les plus connus ou les plus riches, ainsi que les aventuriers que nous pilotons dans des fonds obscurs et inconnus, certains centenaires et d'autres récemment venus au monde».

Quant à elle, Lise Bissonnette n'annonce pas de projet précis pour l'instant. Elle ne craint pas les quelque six mois de congé qui s'offrent devant elle, et ne se presse pas de répondre aux multiples propositions qui lui sont présentées. Le simple fait de pouvoir lire à sa guise lui apparaît comme une forme de «paradis terrestre», dit-elle. Différents projets d'écriture pourraient également prendre forme.
7 commentaires
  • Bernard Lorazo - Abonné 12 mai 2009 03 h 05

    Une grande dame

    Après avoir contribué à donner au Devoir ce style toujours inimité (clarté, rigueur, etc...), Mme Bissonnette a fait don au Québec du plus bel instrument culturel qui soit: la BnQ. Qu'elle en soit profondément remerciée.
    Il faut aussi rendre grâce au fait que son successeur ne soit pas un gestionnaire pur et dur, ce qui permettra à l'ensemble des Québécois de continuer à s'approprier cet instrument unique.
    Un bel exemple d'utilisation des impôts au bénéfice de la Culture et de tous, aux antipodes de la vision étriquée (le mot est faible) du gouvernement central actuel.

  • Claude Girard - Abonné 12 mai 2009 07 h 52

    La bibliothèque de madame Lise

    Lise Bissonnette a toujours été très présente dans son milieu. Ce goût de la lecture ou plutôt ce goût pour la culture qu'elle s'est toujours efforcée de semer rapporte aujourd'hui ses fruits. Déjà, à l'Université de Montréal, alors qu'elle signait je ne sais trop combien de textes dans le « Quartier Latin », le journal de l'association étudiante, elle s'affichait comme une femme de tête dans la promotion de la culture. J'étais alors à l'université de Sherbrooke et nous reproduisions, avec sa permission, quelques-uns de ses écrits dans le « Campus estrien », le journal de l'association étudiante de cette université naissante. Plus tard, elle a fait sa marque à l'Université du Québec à Montréal. Quant à son passage au Devoir, inutile de rappeler ses positions fermes et fortes. Pour la BAnQ, elle demeure pour moi, la bibliothèque de madame Lise. Bref, un parcourt empreint d'une volonté constante de s'enrichir et de s'épanouir. Bravo Lise et merci pour cette contribution exemplaire à l'avancement du Québec.

  • Françoise Dionne - Inscrite 12 mai 2009 10 h 16

    Création

    Bravo à une grande dame créatrice du Québec qui rejoint les nombreuses femmes qui posent
    les assises de notre société.

  • camelot - Inscrit 12 mai 2009 10 h 45

    Succès complet

    L'emplacement, l'architecture, la convivialité, les ressources, tout concorde à faire de cette institution un pur enchantement. On n'a qu'à observer la clientèle qui la fréquente. De tous les milieux, de tous les âges, de toutes les conditions. Il faut voir ces jeunes familles ressortir avec des documents pleins les bras du plus jeune au plus vieux, cela fait plaisir à voir.

    Un très, très grand merçi Madame Bissonnette.

    Jean-Marie Francoeur

  • Michel Fontaine - Abonné 12 mai 2009 19 h 29

    Merci

    Merci pour cet extraordinaire outil culturel que vous avez donné au Québec et aux québécois.

    Pourquoi ne pas revenir au Devoir comme chroniqueur après ces quelques mois d'arrêt... Quel autre beau cadeau vous nous feriez à nous fidèles lecteurs du Devoir !

    Michel Fontaine
    Sorel-Tracy