Littérature québécoise - Militant d'humanité

Salah Benlabed
Photo: Salah Benlabed

L'histoire des siècles témoigne de l'enchaînement funeste de violences dues aux pires défauts humains. La vingtaine de nouvelles que comprend De quelques défauts qui font les humains participe d'une sorte de géométrie destinée à prendre leur mesure.

L'écrivain-migrateur Salah Benlabed survole le monde et se pose sur les coeurs d'hommes et de femmes de cultures différentes. Ils viennent des Amériques, de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie. La guerre, les dictatures les ont conduits à la méfiance et à la haine, parfois à la lisière de la folie (La Folie). Une jeune Colombienne se prostitue sur les quais de la Seine, vendue par son frère à un souteneur parisien (La Naïveté). Un laboratoire de recherche pharmaceutique a recours à des cobayes humains pour mener à terme ses expériences (La Maladie lucrative). D'autres histoires parlent d'amitié trahie, de peine amoureuse, d'étreintes évanouies, de mensonge, d'orgueil destructeur, de résignation amère traversée de bouffées de colère.

«C'est un miracle que notre espèce humaine ait pu traverser le temps et prendre le pas sur les autres malgré la panoplie de tares dont Dieu, le diable ou la nature l'ont accablée», note l'auteur dans le prologue de son recueil. C'est sans doute la part d'humanité présente chez tous les personnages qui explique le miracle de la survie de notre espèce si encline au mensonge et à l'aveuglement. Le nouvelliste s'attache à donner de la valeur à ce grain d'humanité, tournant son regard vers les humbles et les naïfs, les patients et les résignés dont le tumulte fracassant du monde couvre les murmures. Il nous fait entendre, en basse continue, les histoires de ceux et celles qui, dans la vie, passent sur la pointe des pieds, inaperçus.

L'Algérie natale

À la fin du recueil, il évoque son pays natal, l'Algérie, dont il nous détaille avec amour odeurs, parfums, formes, couleurs, restituant la magie des lieux et de ses habitants. Sans forcer le ton et sans pathos, il revient sur le thème du doute qui hante tout être déraciné. Le lecteur retiendra ces passages où l'auteur, installé à Montréal depuis quinze ans, fait dire à un de ses personnages: «Très souvent j'ai buté sur des impasses: revenir, avancer? Retourner, m'expliquer ou me perdre définitivement?» (Le Désespoir). Questionnement lancinant auquel répond une sage grand-mère: «Ce que tu dois voir est en toi [...] l'exil pourrait être cette rupture» (Le Rêve).

Nourri d'Histoire, avec un accent mis sur les laissés-pour-compte de la mondialisation, de littérature et de poésie, De quelques défauts qui font les humains s'appuie sur des personnages touchants, inventés mais terriblement humains. Après Notes d'une musique ancienne et La Valise grise, Salah Benlabed cherche à réconcilier, avec son troisième ouvrage, son combat humaniste et l'oeuvre littéraire. Il ne redoute pas un lyrisme certain, cadence ses phrases, tendant de plus en plus vers une écriture qui devient voix.

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Collaboratrice du Devoir

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De quelques défauts qui font les humains

Salah Benlabed

Éditions de la Pleine lune

Montréal, 2009, 180 pages

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