Littérature française - Pèlerins de l'extrême Asie

L'étrange faculté de maîtriser les rêves donne à certains romans des allures de cahots dans un paysage connu. Impossible de jauger la distance parcourue dans l'imaginaire. La vastitude embrassée fait dévier l'itinéraire. Voyage avec Alain Nadaud et Christian Garcin, toujours plus haut et plus loin.

Le Passage du col d'Alain Nadaud paraîtra impeccable aux amateurs de dépaysement tibétain, de moines rieurs, de marche entre des monastères, de conversations ésotériques avec des lamas. Rien de compliqué dans cette escapade rebondissante, conséquence d'un réel voyage au Tibet.

Tout coule dans ce roman, même trop vers le déjà-lu. Mais cette lecture fluide tient bon le suspens. Un narrateur y mêle adroitement un Himalaya de cartes postales, aux tankas enfumés et aux symboles pittoresques, au drame orchestré par des Chinois infusant dans le mentir vrai.

Rebondissant d'un éditeur à l'autre, d'un pays à l'autre, jadis à Québec, Nadaud vit aujourd'hui en Tunisie. Peu familier des archives, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce lecteur de Borges, de Baudelaire et de Stevenson aime figurer les gouffres romanesques et les ambiances troubles. Son imagination se plie au roman d'aventures. Ses scénarios colorés cherchent moins le style que le plaisir adolescent.

Tout y fait illusion, telle la lune dans l'eau. Les rêves, surtout, projettent le narrateur jusque dans les romans précédents. La roue du temps bouddhiste y décrit ses cycles. Grâce à ce subterfuge, les sens immédiats se trouvent déportés vers l'irréel, tandis qu'en décrochant de l'inattendu, la pensée hallucinée de l'écrivain se recharge d'actualité.

Son pèlerin occidental y affronte ainsi les tracasseries chinoises, les intempéries, les avalanches, la douleur et la faim, avant d'accéder à l'ermitage de Philong Ta, écho au mythique Shangri-La de James Hilton. Là croissent toutes les divagations sur l'espace-temps. Bienvenue aux fantasmagories du non-agir. De ce cliché ressort la question des apparences et l'irréel, qui a toujours hanté Nadaud.

Toute simple, l'allégorie veut que chaque rêverie contienne l'ébauche d'un roman et que l'auteur en possède des milliers. Un viol, par exemple, y est décrit tel un pugilat entre tigresse et narrateur — scène d'autant plus délicieuse qu'elle est invraisemblable. Le dénouement surenchérit dans la fiction. Sourire garanti. Au pays des libertés perdues, ce Passage du col vit d'accidents fébriles, au milieu de pièges à regrets inconscients.

En pays mongol

Plus corsé, remarquable dans le beau corpus des textes chamaniques, un exil plus crépusculaire de l'imagination, La Piste mongole, de Christian Garcin, se déroule entre Mongolie réelle et fantasmée. L'auteur n'en est pas à sa première incursion asiatique. Au bout de celle-ci, il livre un roman touffu, bourré d'inventions littéraires mariées à celles de précieux devanciers, Bernardo Carvalho, Eric Faye, Thierry Hesse et Antoine Volodine.

Jeunesse éternelle du roman! Les rêves télétransportent les personnages de la Mongolie à la Russie jusqu'en Chine. Des noms aux consonances mythiques — Amgaalan, Pagmajav-la-barrique, Barkhaa, Gü, Xuenchen, Otgonbayat, Sürgündü-jambes-d'os... ou le lac Baïkal et les yourtes d'Ulan Baatar — font rêver de voyages instantanés, de métamorphoses de contes, de communications parallèles aux langues, de traversées dans la beauté du monde.

Bien sûr, il y a une panoplie du nomadisme, de l'humour et des palabres strictement inutiles, mais c'est ô combien divertissant. Ces gamineries feront-elles long feu? Les inframondes sophistiqués de Volodine ne sont-ils pas plus signifiants? Oui mais, au demeurant, en plus de vous transférer son énergie, cette surenchère de mises en scène chamaniques ajoute des trésors au feuilleton exceptionnel des romans. Dans ces greniers pleins de croyances et d'actes joués, notre ennuyeuse culture standardisée résiste au risque d'en voir la diversité rayée.

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Collaboratrice du Devoir

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Le passage du col

Alain Nadaud

Albin Michel

Paris, 2009, 327 pages

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La piste mongole

Christian Garcin

Verdier

Paris, 2009, 309 pages
1 commentaire
  • Josée Larochelle - Abonnée 1 mai 2009 10 h 18

    Travail scolaire sur le portrait d'un critique

    Bonjour,

    Nous sommes des étudiantes en littérature au Cégep de Lévis-Lauzon et, dans le cadre de notre cour de critique, nous devons présenter le portrait d'un critique littéraire. Nous apprécierions beaucoup que vous preniez quelques minutes pour répondre à nos questions, qui cherchent à mettre en lumière votre vision de la profession.

    Voici les questions :

    1. Pourquoi avez-vous choisi le métier de critique?
    2. Qu'est-ce que le métier de critique pour vous, qu'est-ce que cela implique comme travail?
    3. Préférez-vous écrire des critiques favorables ou défavorables sur les oeuvres que vous lisez?
    4. Quel est votre processus de création, votre méthode de travail?
    5. Combien de temps consacrez-vous, en moyenne, à la lecture et à la rédaction de vos critiques?
    6. Combien d'oeuvres littéraires pouvez-vous lire, en moyenne, par année?
    7. Quelles formations avez-vous suivi et quelles sont vos expériences de travail?
    8. Quels sont vos préférences littéraires?
    9. Pourquoi les critiques encensent-ils les auteurs québécois, à votre avis?


    Pour nous faire parvenir vos réponses ou si vous avez besoin d'informations supplémentaires, vous pouvez communiquer avec nous à l'adresse suivante : plumpad22@hotmail.com

    Merci beaucoup de votre attention.

    Anouk Racine, Andréanne Côté et Marie Beauchamp