Les frissons de l'angoisse

François Lévesque étant le critique de cinéma que l'on connaît, non seulement au Devoir mais aussi à l'agence de presse Mediafilm et à Macadam Tribus, nul ne sera surpris de trouver dans ce roman, qui paraît chez Alire, un hommage à certains films-cultes. Lesquels? Pas les chefs-d'oeuvre d'un Bergman, d'un Kubrick ou d'un Tarkovsky, non. Le critique délaisse la posture officielle du fin connaisseur pour se tourner vers les classiques horrifiques de la charnière 1970-1980: Vendredi 13, Halloween, Le Loup-garou de Londres, Poltergeist, etc.

On devine que François Lévesque a décidé de se «payer la traite» et de retourner vers ces films (ici d'horreur, mais ce pourrait être des films d'érotisme, d'aventure, de science-fiction) qui, peu importe leur qualité intrinsèque, vous marquent pour la vie quand vous les voyez à un certain âge. Nul doute que l'auteur profite de son roman pour faire un retour vers l'enfance, car il partage plusieurs traits avec le héros d'Un automne écarlate: tous deux ont le même nom (à une lettre près), grandissent en région éloignée, aiment le cinéma et ont huit ans en 1986, date à laquelle se déroule le récit.

On peut reconnaître à François Lévesque un talent certain pour recréer l'époque. Non par l'évocation de grands événements mondiaux (c'est à peine si, dans ce village, la guerre froide est évoquée), mais par la recréation de tout un monde matériel: les premiers magnétoscopes et vidéoclubs, les consoles Atari, les énormes micro-ondes, les clés dans le cou des enfants, les figurines des Maîtres de l'univers, et même les télécommandes sans fil!

C'est dans cet univers qu'évolue le jeune Francis, vivant avec sa mère. Le père a récemment quitté la maison dans des circonstances nébuleuses. Les rumeurs circulent sur son compte. Le lecteur n'apprendra la vérité, surprenante et choquante, qu'à la toute fin. Sinon, c'est un univers sans relief: petite vie ordinaire, petite ville ordinaire. Que raconte le livre? Francis joue dans les bois. Il regarde des films au sous-sol. Sa mère papote avec la voisine. Sa gardienne l'emmène à la cantine puis au ciné-parc. On va à la bibliothèque. Sa tante lui prépare du boudin. À l'école, la vilaine Sophie le prend comme souffre-douleur. Un nouveau voisin emménage...

Là où Stephen King (mentionné quelques fois dans le roman) arrive à faire surgir l'épouvante au coeur de l'Amérique profonde, François Lévesque garde difficilement l'équilibre entre le quotidien et le surnaturel. Dans son roman, l'amateur de meurtre, d'horreur et de mystère trouve bien peu à se mettre sous la dent, tandis que le récit décrit en détail le fil banal des événements de Saint-Clovis.

À tout prendre, on se sent plus près de Lise Tremblay (La Soeur de Judith) que de Patrick Senécal. Pourtant, certains faits troublants sont semés: des enfants meurent de manière sordide, le jeune héros fait des cauchemars où il se rencontre lui-même. Certaines clés sont même tendues au lecteur. Le nouveau voisin est peut-être un revenant, comme dans le film Vampire. Vous avez dit vampire? Francis aurait-il des dons paranormaux, comme l'enfant lumière (Shining)? L'Halloween donnera-t-elle lieu à des meurtres? Néanmoins, ces éléments sont clairsemés, et le lecteur peine à s'y raccrocher. Une action plus resserrée aurait permis d'augmenter la charge d'angoisse contenue dans le roman, les frissons qu'il provoque, ceux que recherchent tous les amateurs d'horreur.

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Collaborateur du Devoir

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Un automne écarlate

François Lévesque

Alire

Québec, 2009, 368 pages