Littérature étrangère - La fille perdue

Le désespoir est un peu son fonds de commerce. L'auteur de Passes noires (Les Allusifs, 2005), qui déclinait sur un mode plutôt esthétique la condition misérable d'une jeune réfugiée africaine forcée de se prostituer en Sicile, tourne cette fois son regard vers le continent africain. Celui de la maladie, de la détresse endémique, de la beauté oubliée, des enfants soldats accrochés aux «promesses de paradis» d'un continent à la dérive.

À travers l'histoire d'Henriette, une jeune prostituée ougandaise bouleversée par la disparition soudaine de sa fille, Conte du bidonville, le troisième roman de Calaciura, nous plonge dans le quotidien infra ordinaire des laissés-pour-compte. Pour cette femme aux espoirs simples et vacillants, orpheline depuis trop longtemps, la vie n'aura été qu'une suite d'abus et d'injustices, où la liberté ne semble avoir joué aucun rôle: «Le jour de ses douze ans, la grand-mère lui avait souhaité "Habby birthday", lui avait offert une robe de mariée avec des hibiscus rouges, et lui avait fait enlever sa petite culotte.»

La vie d'Henriette est une noyade permanente dans un marécage insalubre. Descendre tout au fond est simplement inimaginable: apprendre qu'on est atteint d'une maladie incurable, voir sa fille disparaître, tout perdre lorsqu'on n'a rien. «Impossible d'aller au-delà de ce récit, écrit Calaciura. Au-delà, il n'y a que le fond de la vérité, la solitude des malades du sida qui attendent dans les baraques aux limites du bidonville, l'urgence de survivre encore malgré la douceur de l'évanouissement, la fatigue de la nuit qui est identique à la pesanteur du jour.»

Une fable à la beauté sombre, qui balance de manière troublante entre le réalisme et

la poésie.

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Collaborateur du Devoir

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Conte du Bidonville

Giosuè Calaciura

Traduit de l'italien

par Lise Chapuis

Les Allusifs

Montréal, 2009, 110 pages