Histoire - L'histoire de l'Amérique, d'un point de vue huron-wendat

Au début des années 1990, le Huron Wendat Georges Sioui devenait le premier autochtone canadien à obtenir un doctorat en histoire. Il suivait ainsi les traces de sa mère Eleonore Sioui, qui fut la première autochtone canadienne à décrocher un doctorat en philosophie, et qui fonda aussi une revue nommée Kanatha. En 1989, le travail de maîtrise de Georges Sioui était publié sous le titre Pour une autohistoire amérindienne et était préfacé par nul autre que Claude Lévi-Strauss.

Cette année, et quelques livres plus tard, puisqu'il a aussi écrit sur l'histoire de la civilisation Wendat, Georges Sioui fait paraître une collection de ses textes, principalement des conférences et des entrevues, sur la façon dont les Hurons-Wendat conçoivent l'histoire et l'expérience coloniale.

C'est donc une perspective peu explorée qu'offre ce professeur agrégé et coordonnateur du programme d'études autochtones de l'Université d'Ottawa, qui sera très utile à qui tente de connaître une histoire de l'Amérique antérieure à la date de l'arrivée de Christophe Colomb ici-bas.

De ce point de vue, l'arrivée des Européens est perçue comme un «accident» plutôt que comme le début d'une ère nouvelle. Les Hurons-Wendats auraient d'ailleurs adopté l'agriculture à partir des années 900 ou 1000 de notre ère, établit Georges Sioui, à partir d'un suivi archéologique.

«Vers les années 1200 à 1300, écrit-il, les Wendats étaient actifs au coeur de grands réseaux de commerce et d'échanges, non seulement matériels: on s'échangeait aussi des pratiques religieuses, des croyances, des gens, etc. Une harmonie remarquable habitait déjà toute cette grande nation bien avant l'arrivée des Français et d'autres Européens parmi eux.»

Au fil de cette collection de textes, dans lesquels il aborde longuement les thèmes de la morale et de la philosophie amérindiennes, Georges Sioui se défend bien pourtant de défendre le mythe du «bon sauvage».

«Il est facile de prétendre que mes thèses reprennent à leur compte le mythe du bon sauvage. Je ne prétends pourtant pas que les sociétés amérindiennes étaient des sociétés idéales. Les guerres menées par les Amérindiens étaient aussi inhumaines et cruelles, comme le sont toutes les guerres. De plus, il est malheureux de constater que les sociétés amérindiennes ont connu et connaissent encore l'abus politique. Mais au-delà de l'invention des mythes, il ne faut pas oublier que, si elles n'étaient pas parfaites, les sociétés amérindiennes traditionnelles n'en ressemblaient pas moins pour les arrivants européens à de petits paradis en comparaison des sociétés du vieux continent», écrit-il.

Relecture

Procédant tout de même à une relecture de l'histoire, Georges Sioui avance que les relations entre Iroquois et Hurons n'étaient pas aussi minées qu'on le prétend avant l'arrivée des Européens dans le Nouveau Monde, et que ce ne sont pas les Iroquois qui ont exterminé les Hurons, comme le prétendent erronément les livres d'histoire.

«Personne ne voulait exterminer personne. Le dossier archéologique est clair à ce sujet: les gens ne se faisaient pas grand tort par leurs guerres», écrit-il. Il ajoute plus loin: «Nous savons tous que ces peuples, les Hurons et les Iroquois, ne se faisaient pas grand tort. Même s'ils étaient parfois en guerre, ils étaient parfois des alliés. [...] L'histoire euro-américaine est basée sur des mensonges», écrit-il.

Georges Sioui revient d'ail-leurs beaucoup sur certains principes chers aux Amérindiens, comme l'absence du sens de la propriété, l'absence du Tien et du Mien, telle que racontée par le baron de Lahontan, abondamment cité par Sioui. Selon Sioui, cette perception du monde serait aujourd'hui fort utile à l'Europe, aux prises avec des problèmes d'intégration des immigrants.

S'il reconnaît l'apport européen aux civilisations traditionnelles de ses ancêtres en écrivant que «les Indiens sont une race améliorée par la présence blanche et vivent aujourd'hui infiniment mieux qu'il y a 500 ans», Sioui avance que sous différents points de vue, et notamment aux plans moral et spirituel, les Blancs auraient encore beaucoup à gagner à s'inspirer un peu plus des traditions indigènes qu'ils ont tenté d'anéantir.

***

Histoires de Kanataha, vues et contées

Histories of Kanatha, seen and told

Georges Sioui

Sélection et présentation

de Dalie Giroux

Presses de l'Université d'Ottawa

Ottawa, 2009, 373 pages

À voir en vidéo