La fête de la bédé à Québec

Québec — La présence de Jaques Tardi, maître consacré du 9e art auquel on doit Les Extraordinaires Aventures d'Adèle Blanc-Sec et le plus récent Putain de guerre, signerait-elle le grand retour du Festival de la bande dessinée francophone de Québec, qui se tiendra du 15 au 19 avril au Centre des congrès de Québec, sur le devant de la scène? Thomas-Louis Côté, son directeur général, refuse de parler de renaissance. Il reconnaît toutefois que le festival n'a pas connu que des heures de gloire. Accueillir le père d'Adèle Blanc-Sec au pied du Château Frontenac pour sa 22e édition relève donc incontestablement du coup de génie.

«Il y a six ans, le festival se tenait encore dans un centre commercial et il était à bout de souffle. Les auteurs européens qui acceptaient de venir à Québec étaient déçus par l'accueil imparfait et par l'inévitable image de foire commerciale qui collait au festival.» Avec un décor planté entre des étalages de vêtements et d'accessoires mode, il était en effet difficile pour les bédéistes de créer un lien avec leur public. Pour Philippe Girard, auteur des Ravins (aux Éditions Mécanique générale), la déception des auteurs européens était partagée par leurs confrères québécois. «Les organisateurs pensaient à tort que le prestige des grands noms de la bédé européenne allait rejaillir sur le festival. Il leur a fallu du temps pour réaliser que le visage de la bande dessinée avait évolué et que le Québec comptait aussi son lot d'auteurs capables de déplacer des foules.»

Cinq ans après son association avec le Salon international du livre de Québec, le festival a réussi à renverser la vapeur et à se remettre sur les rails. «Le temps des Tintin et Spirou est révolu, lance le directeur. Il y a aujourd'hui une nouvelle génération d'auteurs — Julien Neel et Lou, Michel Rabagliati et Paul, Martin Desbat et Mégamonsieur — et d'amateurs qui attendent autre chose que de simples séances de dédicaces.» Entre les expositions — L'Union fait la schtroumpf; Tardi, Putain de guerre —, la réalisation d'oeuvres en direct à l'Atelier bédé ou une classe de maître avec Tardi, même les plus sceptiques devraient être convaincus: le Festival de la bédé a survécu à sa traversée du désert et il s'annonce plus vivant que jamais.

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Collaboratrice du Devoir

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