Roman québécois - Un lieu à part

Avec Plume de fauvette, André Pronovost, né en 1941 à Saint-Vincent-de-Paul (Laval), en est à ce jour à son cinquième roman. Un roman qui fait suite, en quelque sorte, à Kimberley, mère de Dieu et à Que la lumière soit, et la musique fut (XYZ, 1997 et 2004). Cette fois, un drame secoue «la grande famille de Bord-de-l'Eau», la communauté tricotée serrée qu'imagine André Pronovost, un microcosme qu'on dirait hors du temps posé en bordure de la rivière des Prairies, au nord de Montréal. Le couple formé par Maude et Johnny se sépare. «Ils élevaient deux enfants et, comme si cela ne suffisait pas, ramassaient les papiers le long des rues du Bord-de-l'Eau et du sentier de l'Épaule boisée.»

L'onde de choc de la catastrophe se répand à la vitesse grand V, et chacun tente d'y mettre son grain de sel. Mais très vite, l'abattage d'un arbre qui gênait la vue des clients d'un restaurant chinois vient à nouveau frapper les consciences. Au point où on discutera de l'indépendance de Bord-de-l'Eau. Autant d'occasions pour André Pronovost de se répandre sur les rapports hommes-femmes, les menaces qui pèsent sur l'environnement et de broder un certain américanisme québécois, dont il a une vision bien à lui.

Victime des maladresses didactiques et du coq-à-l'âne de l'auteur, sentencieux et bavard, mais heureusement pas sans humour, le roman se compose aux trois quarts de dialogues que s'échangent une ribambelle de personnages caricaturaux. Des figures qui se veulent colorées, mais qui évoluent en réalité sans beaucoup de consistance. Difficile de prendre pied dans cet univers qui se noie sous les commérages si on n'a pas lu — et apprécié — les deux romans de Pronovost qui ont précédé Plume de fauvette. Un curieux mélange entre L'Auberge du chien noir et quelque chose d'autre. Un lieu à part, assurément.

***

Collaborateur du Devoir

***

PLUME DE FAUVETTE

André Pronovost

XYZ

Montréal, 2009, 304 pages

À voir en vidéo