Livre à nu

Josée Blanchette, blogueuse et chroniqueuse
Photo: Jacques Nadeau Josée Blanchette, blogueuse et chroniqueuse

Elle en a publié d'autres, des livres. Elle a goûté au Québec pour ses guides des meilleures tables, a fait ce que doit en reliant ses chroniques du vendredi (Plaisirs singuliers, 1997), a réuni son courrier des âmes endeuillées, esseulées et sexuées dans Chère Joblo (2003). Six ans plus tard, Josée Blanchette revient avec Je ne suis plus une oie blanche..., plus intime encore (si, si, elle le peut), avec des écrits non pas tirés de ses chroniques du Devoir, mais de ses années sur la blogosphère.

Parmi ceux-ci, près de 80 billets — mi-journal mi-intime — sont mis en exergue dans un petit livre dont la photo qui habille la jaquette rappelle Nelly, même si elle se veut Beauvoir. Ces billets deviennent autant de capsules intemporelles puisque les dates typiques au carnet cybernétique deviennent futiles une fois transférés sur support imprimé. Pas de quoi dérouter les adeptes de la version pixelisée. Au contraire, sortis de cet écran lumineux qui fatigue la pupille, certains billets s'offrent une seconde vie et redoublent d'intensité. Comme celui sur le grand départ d'Alban, pour n'en nommer qu'un. Sur papier, les moments croqués par l'auteure se posent et se laissent déguster. Pour un livre, on prend le temps. Surtout lorsqu'il est écrit d'une plume aussi fine.

La Josée, on ne la réinvente pas. Ses lecteurs, les fidèles tout comme ceux qui l'abandonnent au portail des www, ne seront pas déroutés. Je ne suis plus une oie blanche... plane dans les mêmes cieux qu'il y a 10 ans, qu'il y a 15 ans. Ils retrouveront l'Anglo de Plaisirs singuliers, le Monsieur B. du vendredi, et aussi le Namour, le frangin, les autres.

Entre les couvertures, Blanchette se couche et raconte tantôt ses hommes, tantôt son quotidien, tantôt ses voisins, tan...oh, tiens, celui-là, on l'a pas saisi. Ça arrive. L'auteure se met bien à nu, mais il arrive que certains récits, bien que partagés, ne s'adressent qu'à la principale intéressée, ou encore aux trois petits points. Alors on essaie de deviner le pourquoi, de tisser une intrigue à travers ce qui a pu jaillir entre ses lignes du journal ou du blogue. Parfois on se remet à l'évidence. Maître et pivot de son univers, Josée Blanchette n'a qu'une pudeur. Celle de savoir où dessiner la ligne entre sa réalité et notre fiction.

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Je ne suis plus une oie blanche...

Josée Blanchette

Flammarion

Québec, 222 pages

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