Sous la surface tranquille

En enfance, de Mathieu Lindon, est une autobiographie distancée par l'usage de la troisième personne. Ce beau récit, simple et vrai, campe un clan d'enfants, encadré par de hautes figures parentales dont l'un fonda et dirigea les Éditions de Minuit.

Qu'on en saisisse la portée. En 2007, Lindon était débouté pour avoir défendu son combat dans un roman contre les idées de Le Pen: pour quelques lignes dans Le Procès de Jean-Marie Le Pen, paru chez P.O.L. en 1998, le leader du Front national l'avait fait condamner en diffamation. Ce jugement était confirmé par la Cour européenne des droits de l'homme, mais la béance sur les rapports d'un roman avec le réel, entre jugements de valeur et base factuelle, relançait un débat qui n'a fait que s'intensifier.

Dans En enfance, à ce père sérieux, absent malgré son attachement familial, le souvenir s'attarde moins qu'au bonheur. Il plane cependant un silence qui ressemble au secret. Les jeux innocents, qui forgent la personnalité sensible, cachent mal une anxiété. Entre les lignes, on cerne les feintes et les coïncidences, où l'éducation à la liberté laisse l'enfant au seuil d'une responsabilité indicible.

Pour rassembler les éclats d'un monde tôt senti, le garçonnet investit des émotions. Il acquiert le contrôle de soi à même cette fragilité. La domination familiale nimbe ses perceptions d'une brume de beauté. En enfance fait sentir les «flux d'humeur incontrôlables» que l'intelligence docile a reçus en partage. Il peint ainsi le doigté qui a forgé son éducation. Très tôt, l'écriture est apparue: «[...] l'invention est un pays dans lequel il aime vagabonder». Ce pli de liberté s'est inscrit dans l'activité étrange d'écrire. L'expérience de la réalité avec les années s'y est renforcée.

Instabilités

Les sept nouvelles d'En bas, les nuages, de Marc Dugain, tracent des profils masculins autrement fantasques. L'un, pompier new-yorkais, trouve le bonheur en se rendant indispensable à une riche octogénaire dans le Pacifique. Tel autre manigance le sauvetage en province de sa maîtresse chez sa femme, lors d'une pandémie de grippe aviaire. Tel autre encore transforme une aventure californienne en sauve-qui-peut mexicain.

Ces nouvelles, plaisantes mais un rien bavardes, défendent l'imprévisible. Un personnage arpente San Francisco en justifiant la force d'attraction américaine, puis le voici à New York un certain 11 septembre. Malgré des invraisemblances, cette «légende naïve de l'Ouest américain» veut illustrer la figure aveugle du destin.

Les Vitamines du soleil, Montparnasse et Vent d'est présentent également des parcours atypiques d'individus plutôt falots et anonymes. L'ensemble est marqué par le fait divers absurde et l'incertitude des parcours vécus. Toute vie est traversée de météores et, à ce titre, inachevée. D'où le titre, En bas, les nuages, un renversement bien trouvé. Le recueil finit comme il se doit, en queue de poisson.

Paternité

Olivier Adam, dans Des vents contraires, imagine avec brio la vie qu'un père, responsable de deux jeunes enfants, a vécue durant quelques mois. Sa femme a disparu. Revenu au microcosme de son enfance au bord de la Manche, cet homme affronte l'épreuve plus simplement que dans la capitale. Il a beau être chômeur et alcoolique, il se débrouille en aimant les petits, qui perçoivent finement la situation.

Lamentation en prise sur le quotidien, l'analyse fouillée des coeurs sonne juste. Les égarements du père, son insomnie et son désir plus ou moins protecteur, en somme la détresse que partagent ces trois êtres, privés de repères, sont balancés par d'autres portraits justes de personnages secondaires. L'histoire se dédouble. Paternité non assumée, garde interdite d'un fils, stérilité d'un couple, responsabilité éducative imprévue, Adam montre une sensibilité réelle aux brouillons masculins, quand la paternité les rejoint au même titre que leurs affects d'adultes.

Les éléments hostiles, vents et marées autour de cette histoire attachante, moins rugueuse que chez Yann Queffelec, offrent un scénario pour le cinéma. On imagine ces images, ambiances, réalités brutes et tendres, tournées par Jacques Doillon. Les réalités sociales y font un tableau bien brossé. Quant au sort des femmes, il subit des revers cuisants qu'Adam sait nuancer.

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Collaboratrice du Devoir

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En enfance

Mathieu Lindon

P.O.L.

Paris, 2008, 341 pages

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En bas, les nuages

Marc Dugain

Flammarion

Paris, 2009, 319 pages

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Des vents contraires

Olivier Adam

Le Seuil

Paris, 2009, 255 pages
1 commentaire
  • Marie-Gaëlle Hahn - Inscrite 5 avril 2009 09 h 59

    geographie

    Olivier Adam vit à Saint-Malo...en bretagne !