Littérature québécoise - Aux frontières du nombre

Quelques mois avant la tenue des Jeux olympiques de Pékin, Monsieur Ho, petit fonctionnaire chinois à la longue carrière, est nommé Commissaire au recensement pour tout le territoire du «Céleste Empire». Chargé de compter plus d'un milliard trois cents millions de Chinois, «des hommes, des femmes, une profusion d'humanité, un pluriel inquiétant», il entend bien accomplir, avec devoir et conscience, la lourde mission qui lui a été confiée.

Premier roman à la tonalité fantaisiste de Max Férandon, citoyen de Québec né en France en 1964, Monsieur Ho se distingue par son humour pince-sans-rire, un regard distant sur la Chine, ainsi qu'une touche de poésie qui joue habilement du contraste entre multitude et solitude. Si le style l'emporte parfois sur le fond, le roman maintient cette bulle jusqu'au bout.

L'expédition du fonctionnaire prendra son élan à bord d'un train spécial, le même qu'utilisait en son temps Deng Xiaoping, ancien secrétaire général du Parti communiste chinois. Forcé, en raison d'une panne de locomotive, de séjourner dans un village reculé aux limites de la steppe mongole, où le chef de gare n'avait pas vu le moindre train depuis dix ans, Monsieur Ho s'offrira «un étirement silencieux du temps» imprévu au coeur d'une immensité dont il ignorait presque l'existence.

Curieux de voir où mènent les rails, il s'embarque avec le chef de gare inquiet sur une petite draisine à manivelles qui les emporte tous les deux au-delà du raisonnable. Là-bas, visité par certains fantômes du passé (et notamment par celui de son père, déporté politique à l'époque de la Révolution culturelle), le recenseur goûte «au bonheur indécent d'être seul». À la suite d'une série d'accidents, l'expédition officielle de Monsieur Ho aura tôt fait, c'est entendu, de basculer dans la mélancolie et de se transformer en véritable fiasco.

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MONSIEUR HO

Max Férandon

Alto

Québec, 2008, 174 pages

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