Littérature québécoise - D'un bout à l'autre des Cantons-de-l'Est

Townships, le premier livre de William S. Messier, né en 1984 à Cowansville, nous entraîne d'un coin à l'autre des Cantons-de-l'Est. Poésie de cour à scrap, éloge des granges délabrées, ethnographie des classes laborieuses d'un certain Québec rural: les portraits sensibles et les histoires parfois déjantées que propose Messier sont teintés d'une authenticité «vernaculaire» réjouissante et plutôt bien maîtrisée.

Ici, son regard sans complaisance se pose sur les serveuses siamoises d'une fameuse cantine («Elles partagent un petit doigt et servent les meilleures frites de Sainte-Céline à Saint-Basile», dit la publicité). Là, on assiste à une filature minable sous la forme d'un minuscule roman noir très réussi (savoureux Jean-Claude Lauderdale, dont on redemande). On y retrouve aussi de longs instants d'ennui comme seuls savent en distiller les coins de pays à l'horizon trop large, quelques airs de blues, une partie de hockey junior qui dégénère: entre Venise-en-Québec, Bedford, Sherbrooke et Sainte-Cécile-de-Milton, Townships ratisse large.

Sous-titré «récits d'origine», le recueil comporte aussi sa part de fragments vintage d'une enfance vécue à la campagne, comme ces quelques heures passées à la foire agricole de Bedford: «Un grand orchestre derrière la barrière fabrique des cris de filles et d'enfants, des roulements de wagons, des rires, des froissements de tôle, des rigodons de crieurs d'encan — et presque des vagues d'océan, derrière les cris des mouettes. Et, une fois de temps en temps, une comptine d'enfant, étirée au bout d'un siège de navette spatiale.» Franchement prometteur.

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Collaborateur du Devoir

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Townships

Récits d'origine

William S. Messier

Marchand de feuilles

Montréal, 2009, 114 pages

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