Autobiographie - Savoureuses réminiscences de Claude Fournier

Dans son autobiographie, Claude Fournier évoque plusieurs personnalités. On le voit ici en compagnie du sénateur Jean Lapointe.
Photo: Jacques Grenier Dans son autobiographie, Claude Fournier évoque plusieurs personnalités. On le voit ici en compagnie du sénateur Jean Lapointe.

Plus de cinquante ans que Claude Fournier oeuvre dans le milieu culturel québécois. Cinquante ans, c'est les noces d'or. Offrande pour le public, cadeau qu'il se fait pour l'occasion, l'autobiographie de Claude Fournier est à l'image du personnage. Tantôt sérieuses, tantôt amusées, les anecdotes retenues pour l'exercice forment un tout homogène des plus attachants. Écrin d'une somme considérable d'aveux candides et de confidences souvent touchantes, la grosse brique rouge — près de 700 pages — annonce d'emblée les couleurs d'un homme de coeur.

De Fournier, je connaissais surtout l'oeuvre cinématographique et télévisuelle; son adaptation de Bonheur d'occasion a bercé mon enfance. Si vous logez à la même enseigne, je serais tenté de dire que vous êtes privilégiés, dans la mesure où les rencontres, événements et bouleversements narrés sont dignes d'une bonne fiction, de celles dont il vaut mieux tout ignorer pour mieux en jouir. Ainsi présentée, la vie de Claude Fournier prend des allures de récit picaresque, de la naissance modeste à la sagesse, on le devine, plus aisée.

Difficile de ne pas sourire dès les premières pages où, annonçant tacitement une approche chronologique, l'auteur relate sa propre venue au monde. L'attention portée au détail significatif, élément-clé d'une bonne création d'atmosphère, est manifeste. On voit la petite maison, la pelouse mal entretenue alentour; l'odeur de l'humidité nous envahit les narines. Il y a là un beau sens de du temps et du lieu. Et tout cela coule: écriture fluide, langue riche.

L'enfance

J'avoue m'être délecté du volet consacré à l'enfance: sa mère, femme sensible et discrètement courageuse; la relation avec son jumeau Guy (son «besson»); le magasin de grand-père, figure sympathique et chaleureuse... que de belles rencontres. Plus tard arrive le pensionnat et, avec lui, les aléas de l'éducation religieuse; descriptions pudiques mais limpides où la sérénité apparente semble couvrir une certaine amertume, dessous. Entre les deux époques, la découverte du cinéma, média qui passionne Fournier depuis lors.

Les amateurs de «showbiz» trouveront certainement leur compte dès l'arrivée à Montréal. Des chastes fréquentations avec une Dominique Michel à l'aube de la célébrité jusqu'aux ébats enfiévrés avec une Judith Jasmin indulgente en passant par son amitié durable avec feue Juliette Huot (de qui il tient une recette de pudding chômeur fameuse), l'élan narratif se fait romanesque. Suivent les voyages, New York et les accointances privilégiées, notamment avec une certaine Indira Gandhi. Et Marie-José, son grand amour, son point d'ancrage.

À mi-parcours, le rythme se fait plus achoppé. Peut-être épouse-t-il celui de l'existence, reste que le ton change, subrepticement. Les noms s'accumulent au fil des rencontres nombreuses. La capacité de Fournier à forger une ambiance est là, intacte, mais on s'y perd un peu, par moments. Avec l'épisode du film Alien Thunder, entreprise ayant connu de nombreux problèmes de post-production, et celui de La Pomme, la Queue et les Pépins, long métrage presqu'aussi mythique que Deux femmes en or qui faillit ne pas prendre l'affiche pour des motifs légaux étonnants, la truculence côtoie une rancoeur souriante (Ah! Damnés critiques!). C'est de bonne guerre. Quasiment rocambolesques, ces passages ouvrent pourtant la voie au segment le plus sensible du livre, celui consacré à ses petits-enfants chéris, Arnaud et Eloi. Dès lors, tout s'enchaîne très vite, presque trop, et la lecture est finie. Claude Fournier nous a conté son histoire, qu'il achève sur une note réflexive, comme incertain de la suite des choses. L'apanage d'un second tome?

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Collaborateur du Devoir

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À force de vivre

Claude Fournier

Libre expression

Montréal, 2009, 688 pages