Le brûlot Maupassant

D'un domicile à l'autre bordel, le fantasque et cauchemardesque écrivain, pétri de vertu mais plus emballé par les délires ivrognesques, s'abandonne à la dérision des moeurs, lui-même aussi dissipé qu'il plonge dans le bonheur d'éternelles vacances, hantées de belles tirées à quatre épingles, de jambes fines et de peaux savoureuses. La Seine méandreuse embourbera son esprit, lui l'amateur de Byron, de Spinoza et de Sade comme des fredaines et des farces — et Dieu sait s'il va les chercher.

Wald Lasowski n'a pas son pareil pour évoquer les amitiés, les sautes d'humeur, le fantasque, le grivois. La maladie du sexe sature le motif. Cette syphilis incendie les amitiés, les mariages, et ce sera bientôt le feu des armes et des torches qui embrasera ces têtes folles en leur logis, trop vaste pour se consumer dans l'espace clos d'un foyer.

Ce Maupassant-là est bien loin du maître de classe: ses hantises ont ici des échos concrets, une voix véritable. La piqûre d'épouvante, qui aiguillonnera votre lecture délicieuse, en brandissant son bouquet de carnaval, «plante baroque grandie dans le terreau de la vérole», dit combien l'insatiable amoureux a gardé en lui une âme d'adolescent. L'essayiste la suit jusqu'à son crépuscule, avec ses cloches de démence, mais aussi dans ses chuchotements subtils d'angélus. Ce petit «puits d'ombre» est un noir bijou.

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Collaboratrice du Devoir

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La Maison Maupassant

Patrick Wald Lasowski

Gallimard, coll. «L'un et l'autre»

Paris, 2009, 101 pages