Témoignage - L'Afrique du journaliste Michel Arsenault

Après avoir sillonné l'Afrique pendant 25 ans, le journaliste québécois Michel Arseneault admet que ce continent est encore un mystère pour lui. Un sentiment d'incompréhension qui se reflète d'ailleurs dans le titre de son tout dernier recueil de textes et de chroniques, Perdu en Afrique, publié chez Stanké.

«J'avais toujours l'impression que je ne comprenais pas ce qui se passait, qu'il y avait des choses qui m'échappaient. Et quand tu es journaliste face au mystère, il y a juste une façon de le lever: c'est de poser des questions», explique le correspondant aguerri et auteur de la biographie du Dr Lucille Teasdale.

Bien qu'il ait eu le coup de foudre pour l'Amérique latine, où il a étudié, c'est au coeur de l'Afrique qu'il a plongé. Ancien journaliste pour Radio-Canada et collaborateur pour plusieurs quotidiens dont Le Devoir et le Globe and Mail, Michel Arseneault est débarqué à Paris en 1992. C'est de là qu'il rayonne depuis toutes ces années sur le continent noir.

Reportages, récits, petits textes, entrevues... après un quart de siècle à écrire sur ce continent «où le bien et le mal marchent main dans la main», Michel Arseneault s'est accordé le privilège de faire «l'inventaire» de ses écrits pour mieux raconter. «C'est un exercice étonnant. Les textes ont vieilli, mais moi aussi. Ça me permet au final de rééquilibrer un peu les choses», croit-il.

L'écriture de ce livre, composé de courts récits sur les différents pays d'Afrique qu'il a visités, a été l'occasion pour lui d'actualiser certaines informations, de travailler le style, d'ajouter des références au Québec, mais également de les colorer de ses impressions personnelles. «J'étais de la vieille école où on n'écrivait pas au "Je". L'émotion que je ressens à la vue d'un enfant qui crève de faim est sincère. C'est un élément d'information, ça fait partie de la réalité. Et même si je ne comprends que le cinquième de la réalité, j'essaie de rendre compte de ce cinquième-là du mieux que je peux», note le journaliste qui écrit pour L'actualité et qui travaille pour RFI, en France.

N'empêche, il s'est inquiété, comme bien d'autres, de donner une image trop négative de l'Afrique. «Mais je me suis dit que je ne faisais pas les relations publiques de l'Union africaine. Mon travail est de rester le plus près possible de la réalité que j'ai connue, celle d'une Afrique en guerre», rappelle-t-il. C'est ainsi qu'il donne la parole à ceux qui ne l'ont pas, dans une prose imagée qui nous transporte dans les tréfonds de l'Afrique, loin des grands discours officiels des dirigeants. «J'accorde une attention particulière aux enfants. C'est à travers ce qu'ils font, ce qu'ils pensent, ce qu'ils vivent qu'on peut comprendre la vraie vie. Personne ne va m'enlever ça de la tête», insiste-t-il.

L'intérêt pour ce continent fascinant qu'est l'Afrique ne semble pas vouloir faiblir. «Ça reste un continent qui m'intrigue terriblement, plutôt qu'un continent que j'aime. Mais c'est déjà bien d'être intrigué, non?»

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Perdu en Afrique

Michel Arseneault

Stanké

Montréal, 2009, 282 pages

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