Littérature étrangère - Des racines et des ailes

Écrivaine née à Berne en 1947, auteure d'un livre considéré comme une sorte de bible du féminisme dans les pays de langue allemande, Mue (1975), Verena Stefan a quitté la Suisse allemande pour vivre au Québec il y a une dizaine d'années. Traduit de l'allemand, son dernier livre, D'ailleurs, le premier à paraître ici, repose pour l'essentiel sur le choc qu'éprouve une immigrante à son arrivée au Québec. Choc conjugué avec l'expérience de la maladie.

Conduite par son regard étonné, ses sens en éveil et son amour pour Lou, la femme qu'elle est venue y rejoindre, sa découverte de Montréal et du Québec prend la forme d'un spectacle permanent. Comme si la narratrice se promenait dans le ventre creux d'un immense coquillage — conférant à son récit quelque chose d'assourdi, d'intime et de chaud —, tout un univers inconnu s'infiltre ainsi jusque dans son intimité.

Mais au sentiment, normal, déstabilisant et excitant d'être doublement étrangère dans un pays — le Québec — dont elle ne maîtrise pas la langue, se juxtapose toutefois vite l'expérience, faite d'angoisse et d'enfermement, de la maladie qui frappe sans prévenir. «Une maladie s'est abattue sur toi et t'a enfermée comme un insecte dans l'ambre jaune.» Comme un étranger qui squatterait dans son propre corps, le cancer impose sa loi.

Pour s'échapper ou pour conjurer l'inéluctable, entre deux traitements éprouvants, elle se livre à un exercice de mémoire largement imprégné de bribes d'enfance et des racines familiales, de sensations lointaines et d'une forte urgence de vivre.

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Collaborateur du Devoir

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D'AILLEURS

Verena Stefan

Traduit de l'allemand (Suisse)

par Louis Bouchard

et Marie-Elisabeth Morf

Héliotrope

Montréal, 2008, 245 pages