Actualité - L'édition anglo-américaine vacille

On pourrait remplir un bon bouquin avec les mauvaises nouvelles qui affectent le beau monde de l'édition et de la distribution des livres aux États-Unis et en Grande-Bretagne depuis quelques jours, des compressions de personnel à la chute importante des parutions comme des ventes. Le fait que ces mauvais signes apparaissent alors que les mutations vers la dématérialisation s'amplifient dans le secteur (le e-book, ça vous dit quelque chose?) ne peut évidemment pas rassurer les écrivains, les éditeurs et les libraires à l'ancienne mode.

Cette semaine, l'éditeur HarperCollins a carrément notifié la fermeture de sa «Collins Division», spécialisée dans les essais, les livres pratiques et les biographies. L'éditeur Steve Ross, qui avait travaillé sur le best-seller The Audacity of Hope de Barack Obama chez Crown Publishing avant d'être repêché par HarperCollins, a été remercié en même temps que deux autres cadres supérieurs et des dizaines d'autres employés.

La restructuration en cours devrait permettre de déployer les responsabilités éditoriales auprès d'autres secteurs de l'immense groupe anglo-américain dont les racines remontent au début du XIXe siècle. N'empêche, le récent travail à la hache fait carrément disparaître des presses le nom de Collins, sauf pour une collection consacrée aux ouvrages de référence.

Résultats désastreux

La maison qui appartient à l'empire News Corp. du magnat de l'édition Rupert Murdoch a connu de très mauvais résultats d'affaires au dernier semestre de 2008. Ses revenus (et non pas ses profits) ont alors chuté de 75 %, passant de 103 à 26 millions de dollars. La News Corp. a également imposé des compressions de postes et de dépenses au réseau Fox Television et au Wall Street Journal.

Au cours des deux derniers mois, les maisons Random House, Simon & Schuster, Houghton Mifflin Harcourt et MacMillan ont toutes procédé à des mises à pied qui ont affecté des dizaines d'employés au total. Selon l'Association des éditeurs américains, les ventes de livres autour de Noël ont été les pires enregistrées de mémoire d'éditeur et de libraire.

Par contre, les livres électroniques tentent une nouvelle percée qui pourrait bien être la bonne après l'échec de la dernière décennie. En janvier, Amazon.com a dévoilé son Kindle 2, une version plus performante de son e-book maintenant capable de stocker des centaines d'ouvrages vendus quelques dollars chacun. Google et Apple préparent des versions concurrentes de l'objet, de plus en plus agréable, qui pourrait ultimement affaiblir encore davantage l'édition traditionnelle comme le téléchargement a complètement déstructuré l'industrie du disque.

Les bibliothèques ne sont pas plus à l'abri de la crise. Ainsi, au Massachusetts, les répercussions des compressions budgétaires imposées par l'État se feront sentir dans les services essentiels offerts par les bibliothèques publiques, un maillon essentiel de la démocratisation culturelle dans les pays anglo-saxons depuis des décennies. Le réseau a subi des pertes budgétaires de 25 % il y a six ans, alors que le capitalisme financier tournait à plein régime tout en exigeant des réductions d'impôt et de dépenses gouvernementales. Les administrateurs du réseau prévoient que les nouvelles pertes de subventions se traduiront par des disparitions de postes, des horaires réduits et une chute importante des achats de matériel, y compris les livres...
1 commentaire
  • Normand Chaput - Inscrit 14 février 2009 14 h 33

    de la marchandisation de l'art

    Rabaisser l'Art à la notion de marchandise est toute récente dans l'histoire du monde. Il n'y a pas de copyright sur la Joconde. Ni sur Molière d'ailleurs. Depuis cent ans, le contrôle sur les moyens de distribution a créé toute une classe de profiteurs qui se sont enrichis à même le produit de l'artiste en décidant qui méritait notre attention et qui pas. Je pense que le libraire devrait remettre 90% du produit de la vente à l'auteur et non pas l'inverse.