Festival Voix d'Amérique - Avant l'art était Dada

Nathalie Claude agira comme maîtresse de cérémonie du Cabaret Dada surréaliste, qui revient à l’affiche cette année au Festival Voix d’Amérique.
Photo: Nathalie Claude agira comme maîtresse de cérémonie du Cabaret Dada surréaliste, qui revient à l’affiche cette année au Festival Voix d’Amérique.

En roumain, cela signifie cheval de bois ou nourrice. En français, c'est une marotte. «Dada ne signifie rien», écrit pourtant Tristan Tzara, l'un des fondateurs du mouvement dadaïste, dans ses Sept manifestes Dada, publiés en 1924, soit environ huit ans après l'avènement du mouvement dadaïste et deux ans après la démission de Tzara à sa tête.

«Dada n'est rien d'autre que: opposition, refus, négation», dit pour sa part Le Siècle rebelle, dictionnaire de la contestation au XXe siècle, signé Emmanuel de Waresquiel, sous l'entrée «Dada». Refus de tout, donc, même de l'art. «L'art s'endort pour la naissance d'un monde nouveau», écrit encore Tzara, pour qui l'«art n'est pas sérieux».

«Quand faudra-t-il arrêter de démolir? Peut-on en même temps détruire et reconstruire? Ces questions traversèrent l'histoire de Dada et les réponses apportées précipitèrent sa fin. Le nihilisme absolu était à la longue une position intenable, mais Dada ne pouvait abandonner toute négativité sans se renier. Aussi valait-il mieux qu'il se sabordât», écrivent pour leur part Henri Béhar et Michel Carassou au sujet du célèbre mouvement dans leur essai Dada, histoire d'une subversion.

Pourtant, Dada persiste et signe, semble-t-il. À preuve, le Cabaret Dada surréaliste, qui revient à l'affiche cette année au Festival Voix d'Amérique, avec Nathalie Claude comme maîtresse de cérémonie. Au programme, certains noms connus, ceux de Nathalie Derome et de François Gourd, par exemple. Mais aussi une foule d'autres: Toxic trottoir, qui fait du théâtre de rue, l'Orchestre d'hommes-orchestres, le groupe de poésie moderne, Azina et Chiwawa, Geneviève et Mathier, Marie Brassars, Kobol, Frank Martel, etc.

«Ce spectacle appelle à une grande liberté, une grande folie, quelque chose de non linéaire, dans la non-narrativité», dit Nathalie Claude, qui a d'ailleurs présenté un numéro au Cabaret Dada du Festival Voix d'Amérique de l'an dernier. Pour elle, le Cabaret Dada est d'abord et avant tout ludique, ce qui n'empêche pas les participants de lui donner des couleurs politiques.

Tout à fait anarchiste

Parlant de couleurs, Tzara a aussi eu ces mots pour définir son mouvement: «DADA reste dans le cadre européen des faiblesses, c'est tout de même de la merde, mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses pour orner le jardin zoologique de l'art de tous les drapeaux des consulats.»

«C'était tout à fait anarchiste, dit Nathalie Claude, ajoutant que chacun des artistes invités au cabaret adapte l'esprit Dada à sa convenance. Pour le cabaret, ajoute-t-elle, le mouvement Dada est une belle source d'inspiration, parce qu'il joue avec la langue, mais aussi avec les concepts et les images.

C'est l'occasion de brasser les choses, de remettre en question le langage ou les images. Il peut s'agir d'associer des éléments qui ordinairement ne vont pas ensemble, dans un tableau ou dans une phrase, on peut donner des sentiments à un couteau, par exemple, explique-t-elle.

On le sait, au mouvement Dada a succédé le mouvement surréaliste, avec André Breton à sa tête, même si plusieurs renieront les liens entre les deux modes d'expression, précisément parce que Dada se veut le contraire d'une école, d'une structure.

«On ne dit pas assez qu'il n'y a aucun style, aucune esthétique Dada, qu'on ne peut reconnaître une oeuvre Dada, écrite ou autre: elle ne serait ni moins abstraite ou figurative, automatique ou programmée, chaude (expressionniste) ou froide (conceptuelle, voyez Duchamp), lit-on encore dans Le Siècle rebelle. Aussi, de toutes les avant-gardes auxquelles l'attitude Dada a eu affaire, c'est sans doute le surréalisme qui en est le plus éloigné. Le surréalisme ne vient pas après Dada pour le continuer et le transformer, il vient contre lui, pour l'effacer et le désamorcer, pour l'empêcher de nuire.»

Le Cabaret Dada surréaliste, lui, se promet de tordre la réalité pour la mettre en morceaux, poursuit Nathalie Claude, qui y remettra en question son propre rôle de maîtresse de cérémonie. «Je vais essayer de remettre en question ce rôle, de le faire exploser», dit-elle. Elle pense par exemple à écrabouiller le rôle de la maîtresse de cérémonie entre le micro et le plancher, et faire dériver le tout vers Dada, destination finale et absurde.

Se définissant d'abord et avant tout comme une femme de théâtre, Nathalie Claude a été vue sur scène récemment avec le Salon automate, qu'elle a conçu et mis en scène, où elle interrogeait le rapport de l'homme avec la machine. Elle dit amener sur scène «des trucs qui lui ressemblent», c'est-à-dire un mélange de poétique et de burlesque, «avec quelque chose de pathétique et d'extrêmement physique».

Les artistes qui défileront dans son Cabaret Dada surréaliste sont, pour leur part, très différents les uns des autres. Mais ils se retrouveront inévitablement dans cette épopée dadaïste collective qui promet tout au moins d'être un «délire de liberté».

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Cabaret Dada surréaliste

Vendredi 8 février à 20h30 à la Sala Rossa

Pour renseignements: www.fva.com

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