Société - Monde et mondialisation

La mondialisation demeure un phénomène incompris et à bien des égards menaçant en raison même de son caractère multiforme et opaque. Est-ce une rupture radicale avec l'ordre politique ancien des États-nations? Dans un essai qui tente d'en mesurer l'impact, Charles A. Michalet analyse les nouvelles formes de pouvoir qui émergent (Mondialisation. La grande rupture, La Découverte). Les discours de la fin qui surgissent évoquent souvent une catastrophe ultime: c'est ce qu'examine dans son nouvel essai (Apocalypse, Éditions du CNRS) le sociologue Michel Maffesoli, attentif aux nouvelles formes de l'être-ensemble. Cette inquiétude habite aussi le regard de Georges Balandier, dans les entretiens qu'il a donnés à Joël Birman et Claudine Haroche (Le Dépaysement contemporain. L'essentiel et l'immédiat, PUF). La mondialisation signe-t-elle l'avènement définitif du néolibéralisme? C'est ce dont discutent Christian Laval et Pierre Dardot dans un essai (La Nouvelle Raison du monde, La Découverte) qui examine les effets politiques de cette nouvelle logique sur la démocratie libérale classique. Crise financière oblige, les essais sur le capitalisme seront nombreux; on pourra lire notamment un livre d'Hervé Kempf (Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Le Seuil), auteur connu surtout par son essai précédent (Comment les riches détruisent la planète, au Seuil). Nul ne peut espérer sauver la planète, soutient-il, si une remise en cause draconienne de ce système prédateur n'est pas engagée.

Face aux périls du moment, l'écologique et le social sont tragiquement liés. Les défis écologiques sont au coeur de nombreuses parutions de la rentrée, et notamment en philosophie politique. On lira, entre autres, Barbara Stengers (Au temps des catastrophes, Les Empêcheurs de penser en rond), qui plaide pour une résistance citoyenne, et Gilles Berhault (Développement durable 2.0. L'internet peut-il sauver la planète?, L'Aube), qui montre le rôle irremplaçable d'Internet dans la reconfiguration du lien social et politique. La théorie sociale pourra compter sur la réflexion de François Dubet (Le Travail des sociétés, Le Seuil), qui propose une nouvelle compréhension des mécanismes par lesquels nos sociétés se forment et se maintiennent.

On lira également un inédit du regretté André Gorz (Écologie et travail. Commentaire de Christophe Fourel, Textuel). Père de l'écologie, il peut aussi être considéré comme l'un des premiers penseurs de la décroissance: «Consommer plus et vivre mal ou vivre mal et gagner bien, c'est un peu notre civilisation. Alors que travailler beaucoup moins et gagner correctement sa vie, c'est possible.» Ce livre-disque est accompagné d'un texte de Michel Contat. Notons également une étude de fond sur le développement durable, à partir d'un de ses concepts fondamentaux (Aurélien Boutaud et Natacha Gondran, L'Empreinte écologique, La Découverte). Les effets de la mondialisation sur le travail sont l'objet d'un essai de Danièle Linhart (Travailler sans les autres?, au Seuil). La modernisation du travail conduit à une dénaturation du rapport de chacun au travail, un travail qui, en perdant tout idéal, perd son sens. C'est aussi le sujet de la réflexion de Robert Castel (La Montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l'individu, Le Seuil). On se réjouira de pouvoir lire en français le grand essai de la philosophe féministe Joan Tronto sur le soin (Un monde vulnérable. Pour une politique du "care", La Découverte).

Terminons avec deux titres qui se détachent du lot. D'abord, l'enquête passionnante de Benedict Anderson sur la première mondialisation, celle du XIXe siècle (Les Bannières de la révolte. Anarchisme, littérature et imaginaire anticolonial. La naissance d'une autre mondialisation, La Découverte). Ensuite, un bref essai de Jean Daniel (Prométhée puni, Éditions du CNRS), méditation sur le nouvel avatar de Prométhée, ce citoyen du monde, déraciné définitif, transplanté permanent, l'homme mondialisé.

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Collaborateur du Devoir

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