Les filles mènent encore le bal

La littérature jeunesse grouille de personnages féminins forts qui s'évertuent à déjouer les stéréotypes traditionnels dans tous les domaines et dans tous les genres. Chez Gallimard jeunesse, Florence Thinard lance Mesdemoiselles de la Vengeance, un roman de piraterie qui aborde le thème de la vengeance au féminin. Est-ce le genre de livre que rêvait d'écrire le scaphandre Jean-Dominique Bauby avant d'être forcé par le «locked-in syndrome» à dicter ses mémoires à un papillon? Qui sait? Quoi qu'il en soit, on y fait la connaissance de quatre jeunes femmes qui brûlent toutes du même désir: tuer le vil pirate connu sous le nom de Commodore afin de venger leur honneur.

Chez Pocket, on propose aux 8-12 ans Kiki Strike dans la cité des ombres, de Kirsten Millen, un «roman d'espionnage musclé et girly» au coeur d'un New York fantastique. Toujours du côté des mauvaises filles, Florence Seyros aborde le vol à l'étalage avec son roman Voleuse de peluche, à L'École des loisirs.

Marie Darrieusecq, elle, s'amuse à inverser les rôles dans un album intitulé Péronille, la chevalière, publié chez Albin Michel. Comme dans tout bon conte qui se respecte, l'héroïne doit affronter trois épreuves pour mériter la main de son promis. Va-t-elle l'épouser pour autant? Rien n'est moins sûr. Surtout s'il se met à faire des chichis.

Certains ouvrages viennent cependant rappeler que tout n'est pas gagné pour les femmes dans tous les coins de la planète. L'Album Lalita, de Jocelyne Sauvard, dans la collection «Les ethniques», au Sorbier, raconte la journée d'une petite Indienne qui attend que sa maman revienne de la maternité après avoir accouché d'un garçon. On est là dans une réalité passablement différente de la nôtre. Dans Une enfance palestinienne, d'Ibtisam Barakat, une jeune lycéenne arrêtée à un poste de contrôle israélien se remémore son enfance au coeur du conflit israélo-palestinien.

Évidemment, il y a aussi des garçons au menu du printemps... En album, Simon, l'adorable lapinot de Stéphanie Blake, est frappé par deux catastrophes simultanées: l'amour et les poux. Ça s'intitule tout simplement Poux! et c'est à L'École des loisirs.

La petite taupe qui voulait savoir... revient chez Milan, accompagnée d'un DVD réunissant des comptines, des animations et des jeux interactifs. Le même éditeur propose aux tout-petits Montre tes fesses, un documentaire animalier de Stéphane Frattini qui permet de reconnaître les animaux par cette délicate partie de leur anatomie. Toujours chez Milan, on pourra découvrir Mon cahier de bêtises, de Vincent Boudgourd: 150 suggestions d'activités manuelles plus ludo-délinquantes les unes que les autres.

Du côté des romans, les adeptes d'aventures fantastico-fantaisistes pourront se régaler des nouveaux titres de Chris Riddell chez Milan, Apolline et le fantôme de l'école et Edgar Destoits. L'étrange affaire des morts-vivants. Un personnage de fille, un personnage de garçon, pas de chicane. Tout comme dans la famille Stilton, où le frère et la soeur sévissent encore chez Albin Michel. Géronimo avec Le tiramisu est disparu et Dur, dur d'être une super souris; Téa avec Le Vaisseau fantôme.

Timothée de Fombelle a fait une entrée remarquée en littérature jeunesse avec les deux tomes de Tobie Lolness, les aventures d'un petit personnage de quelques millimètres habitant dans un arbre. L'auteur, qui allie fantaisie, poésie et plaidoyer pour l'environnement, revient à la charge avec Céleste, ma planète, une histoire d'amour à saveur écologique. C'est destiné aux 9 à 13 ans.

Chez Albin Michel, on mise sur Le Courage du papillon, de Norma Fox Mazer, qui nous avait livré un très beau Maintenant, c'est ma vie, il y a deux ans. Il s'agit de l'histoire de cinq soeurs menacées par un mystérieux inconnu.

Après le sanglant succès de Twilight, les vampires sont loin d'être en voie d'extinction. On les retrouve chez Hachette dans Journal d'un vampire, de L. J. Smith. On y suit une histoire de triangle amoureux d'une «dangereuse sensualité», nous dit-on.

Si les filles courent après les bandits et les vampires dans les sous-sols de New York, les garçons, eux, arpentent le monde maléfique situé sous Londres, le danger est au coin de la rue, dans un mélange de thriller et de fantastique (Pocket).

Chez le même éditeur, Scott Westerfeld, l'auteur de la série Uglies (hum...), lance une nouvelle trilogie, Midnighters (heu...), qui met en scène des adolescents dotés de pouvoirs spéciaux qui combattent les créatures de l'ombre pour les empêcher d'envahir le monde réel. Le premier titre est, oh surprise!, en français: L'Heure secrète.

Les succès de la littérature jeunesse marchent désormais main dans la main avec le grand écran. Les vampires de Stephenie Meyer, les sorciers de J. K. Rowling, les créatures fantastiques de C. S. Lewis et les quatre adolescentes propriétaires d'un même jean ont tous franchi le pas de la librairie au cinéma. Il était donc prévisible qu'un des ouvrages de Cornelia Funke se retrouve un jour devant des mangeurs de pop corn. Cette populaire auteure d'origine allemande a signé près de 150 ouvrages, tous plus «fantasystes» les uns que les autres. C'est Coeur d'encre, le premier tome de sa célèbre trilogie, qui vient d'être immortalisé par le septième art.

Par un mystère des tractations d'éditeurs, c'est Gallimard jeunesse qui détient maintenant les droits de ce best-seller vendu à plus de quatre millions d'exemplaires dans le monde. Je ne m'inquiète pas pour les enfants. Ils ont de quoi s'occuper en attendant.

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Collaboratrice du Devoir

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