Essais étrangers - Le retour en beauté des idées

Dominique Fernandez publie chez Grasset les résultats d’une longue enquête sur son père Ramon Fernandez, critique littéraire de gauche devenu fasciste et collaborateur.
Photo: Agence France-Presse (photo) Dominique Fernandez publie chez Grasset les résultats d’une longue enquête sur son père Ramon Fernandez, critique littéraire de gauche devenu fasciste et collaborateur.

Cette saison, Payot publiera la traduction des Confessions d'un fils modèle du romancier noir Jake Lamar, né à New York en 1961. Les Afro-Américains qui ont réussi peuvent-ils se faire accepter à part entière par le milieu dont ils sont issus? À l'heure du triomphe d'Obama, la question se pose.

Sous forme d'autobiographie, le mot «essai» semble retrouver son sens originel, axé sur l'interrogation et la liberté. Gallimard enrichira d'ailleurs sa collection «Quarto» du modèle absolu du genre: Les Essais, de Montaigne.

Dans son hommage aux valeurs sûres de l'histoire littéraire, il ajoutera l'ouvrage d'Henri Justin, Avec Poe jusqu'au bout de la prose, à l'occasion du 200e anniversaire de la naissance d'Edgar Allan Poe. Parmi les nouveautés de la maison, on trouvera également la réédition si souhaitée de la Correspondance entre Gide et Valéry, les Entretiens (2002-2003) de Catherine Gide sur son illustre père et une édition révisée des Lettres de Céline à Albert Paraz.

Pour nous rapprocher d'Obama et de l'actualité sociopolitique, Gallimard nous invite à lire Le Mouvement noir américain de 1865 à nos jours, de Pap Ndiaye (collection «Découvertes») et Sociologie de la globalisation, de Saskia Sassen. De son côté, Lux ressuscitera un ouvrage introuvable, Les États-Désunis, de Vladimir Pozner, chronique d'un événement qui, aujourd'hui, s'impose plus que jamais dans la mémoire collective: la dépression des années 30.

Quant au Seuil, il attire notre attention sur C'est maintenant: trois ans pour changer le monde, de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, un ingénieur-conseil et un économiste préoccupés par le même sujet, et Qui est «Je»?, l'essai de Vincent de Gaulejac sur la revalorisation de l'individu, confronté à l'éclatement des institutions, à la crise du travail, de la politique et de la religion.

Toujours grâce au Seuil, on aura très hâte de relire Daniel Lindenberg, qui a provoqué il y a sept ans la querelle au sujet des «nouveaux réactionnaires». Dans Le Procès des Lumières, le polémiste revient à la charge contre les vieilles idées replâtrées des récents conservatismes. Même si Jacques Attali suscitera sans doute moins d'enthousiasme, on restera curieux de prendre connaissance de son essai La Crise, et après? (Fayard). Et que dire de Crises (CNRS éditions), du réputé Edgar Morin?

On se laissera envoûter par la franchise de Dominique Fernandez en dévorant Ramon (Grasset), les pages consacrées à son père Ramon Fernandez. «Je cherche, dit-il, à m'expliquer, en me mettant moi-même en scène, comment cet homme a pu être socialiste à 31 ans (1925), critique littéraire d'un journal de gauche à 38 ans (1932), communiste à 40 ans (1934), fasciste à 43 ans (1937), enfin collabo à 46 ans (1940).»

Comment ne pas se réjouir de la parution au Seuil d'un inédit capital pour la compréhension de l'ensemble d'une oeuvre: le Journal de deuil, de Roland Barthes, écrit après la mort de sa mère, qu'il aimait tant? Du même écrivain, Christian Bourgois révélera les Carnets du voyage en Chine.

Pour aller plus loin sur le chemin de la réflexion littéraire, il faudra s'offrir la réédition tant attendue du livre de Christine Lecerf: Thomas Bernhard, un air de famille (Laurence Teper). Une façon de redécouvrir le grand écrivain autrichien qui, dans Le Neveu de Wittgenstein (1982), a fait de la fusion du récit autobiographique et de l'essai une merveille inégalée.

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Collaborateur du Devoir

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