Bonne chance, Monsieur

Patrick Chamoiseau
Photo: Patrick Chamoiseau
Cette fois l'intervention se situe au niveau des enjeux liés à l'élection à la présidence de Barack Obama, considérée comme l'effet «à peu près miraculeux, mais ssi vivant, d'un processus de créolisation des sociétés modernes». Ce serait là en effet l'aboutissement et l'illustration la plus spectaculaire du phénomène que Glissant nomme créolisation, soit la rencontre et la synthèse d'éléments hétérogènes «opérés par des progressions foudroyantes, avec des résultantes inattendues, imprévisibles, et sans qu'aucun de ces éléments ne disparaisse ni ne se dénature au profit d'un autre, ni ne demeure intact». Phénomène qui a donné, notamment, la musique de jazz, née de la rencontre entre les rythmes africains et les instruments occidentaux. Et plus récemment, l'élection d'un président au parcours riche de la complexité des cultures qu'il a fréquentées, «dans un pays où toute idée de rencontre, de partage, de mélange, était violemment repoussée par une grande partie de la population, blanche et noire». Et les auteurs d'en conclure que «sa victoire, qui est bien la leur, n'est pourtant pas en premier lieu celle des Noirs, mais celle du dépassement de l'histoire étasunienne par les États-Unis eux-mêmes». Car «la seule revanche vivable est celle du dépassement des murs, et de la liberté de l'esprit». Ainsi la venue de ce leader «rattrape l'histoire américaine», retrouve le projet des pères fondateurs et fait de ce pays un véritable peuple des Amériques, ouvert à la multiplicité.

Césaire disait: «La justice écoute aux portes de la beauté.» Cette beauté, selon Glissant et Chamoiseau, est incompatible avec l'exploitation, le crime, la domination. Elle ne peut reposer que sur une «Politique de la Relation», complément nécessaire de la Poétique de la Relation développée par Glissant dans ses essais. Car il est important que des «nations-relations» succèdent aux États-nations traditionnels. Les attentes créées par le nouveau président sont immenses. Les uns d'annoncer que «rien ne changera», les autres que «tout devient possible». Les écrivains du Tout-Monde de prédire à leur tour à «cet éclair tranquille d'imprévisibilité» à qui ils adressent leur ouvrage que sa marge de manoeuvre est dans l'imprévisible. «Nous ne courons pas le même danger que vous, ajoutent-ils, mais nous vous accompagnerons.»

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Collaboratrice du Devoir

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L'intraitable beauté du monde

Adresse à Barack Obama

Édouard Glissant

et Patrick Chamoiseau

Institut du Tout-Monde

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