Littérature étrangère - Du côté des littératures d'ailleurs

Jonathan Coe
Photo: Agence France-Presse (photo) Jonathan Coe

La rentrée littéraire d'hiver, côté fictions étrangères, avec son lot de premiers romans, d'auteurs confirmés, d'inconnus et de surprises à espérer, annonce déjà ses couleurs. Rapide coupe à travers les quelques centaines de titres qui nous seront offerts en traduction française.

Une fois encore, il va sans dire, la récolte hivernale sera placée sous le signe de l'habituelle domination anglo-saxonne: auteurs britanniques, états-uniens, canadiens ou australiens occupent la plus large part. Paul Auster nous revient, paraît-il en grande forme, avec Seul dans le noir (Actes Sud). Réduit à l'immobilité par un accident d'auto et souffrant d'insomnie, un critique littéraire à la retraite s'imagine un monde où le 11-Septembre n'aurait pas eu lieu et dans lequel les États-Unis seraient aux prises avec une impitoyable guerre civile. Une réflexion allégorique sur la guerre, la crise de la conscience américaine, la solitude et l'invention romanesque.

La pluie, avant qu'elle ne tombe, de Jonathan Coe (Gallimard), attirera également l'attention. Une chronique familiale, cette fois plus intimiste que satirique, par l'auteur de Testament à l'anglaise et de Bienvenue au club. Tout comme De A à X, de John Berger (L'Olivier), un récit sur l'amour et la politique, une dénonciation de l'oppression, ainsi que Le Fond des forêts, de David Mitchell (L'Olivier), avec lequel l'auteur de Cartographie des nuages et d'Écrits fantômes nous livrera un roman d'apprentissage à la tonalité poétique.

On dit grand bien de La Brève et Merveilleuse Vie d'Oscar Wao, premier roman de l'écrivain américain d'origine dominicaine Junot Díaz (Plon), National Book Critics Circle Award et Prix Pulitzer 2008 aux États-Unis. Le roman, écrit en spanglish — un mélange d'anglais américain et d'espagnol —, semble si original qu'il ne pouvait être décrit, selon le New York Times, que comme une sorte de croisement entre Mario Vargas Llosa, Star Trek, David Foster Wallace et Kanye West.

À surveiller également: Une partie du tout, de Steve Tolz (Belfond), un premier roman qui a valu à l'auteur australien de figurer parmi les finalistes du prestigieux Man Booker Prize, décrit par l'éditeur comme une flamboyante odyssée familiale, du bush australien au Paris bohème et à la jungle thaïlandaise, des années 1960 à nos jours.

Aussi en traduction anglaise: La Vie des pierres de Rick Bass (Bourgois), un recueil de nouvelles d'inspiration «écologiste», Coeurs blessés de Victoria Lancelotta (Phébus), Les Blancs de Norman Rush (Fayard), ainsi qu'un titre posthume du Seigneur des porcheries, Tristan Egolf, Le Démon de Blue Ball (Gallimard). D'Afrique du Sud nous viendront des nouvelles de Nadine Gordimer (Beethoven avait un seizième de sang noir, Grasset), ainsi que Cette vie, de Karel Schoeman, pour lequel l'auteure a obtenu

le plus grand prix littéraire sud-africain.

Auteurs mexicains

Il faudra s'attendre à un déferlement d'auteurs mexicains, puisque le Mexique sera le pays invité du Salon du livre de Paris en mars prochain. Quel-ques-uns des titres retiennent déjà l'attention: Chambres pour personnes seules de Juan Manuel Servin (Les Allusifs), Jeu de dames de Mario Bellatin (Gallimard), de même que L'Odyssée barbare de Daniel Sada (Passage du Nord-Ouest).

Du côté des littératures hispanophones encore, il faudra surveiller Le Lieu perdu de l'Argentine Norma Huidobro (Liana Levi), encensé par José Saramago: «Un roman nécessaire pour comprendre certaines clés qui articulent ou désarticulent cette chose que nous appelons espèce humaine.» Des nouveautés aussi de la part de Luis Sepúlveda (La Lampe d'Aladino et autres histoires pour vaincre l'oubli, Métailié), de Juan Manuel de Prada (Le Septième Voile, Le Seuil) et de Zoé Valdès (Danse avec la vie, Gallimard). Des fonds de tiroirs de Roberto Bolaño? Pourquoi pas. Bourgois fera paraître Le Secret du mal, rassemblant 19 textes posthumes et inédits qui renvoient aux thèmes de prédilection de l'auteur des Détectives sauvages, décédé il y a cinq ans.

Les Russes

Côté russe, le sulfureux Édouard Limonov, 14 ans après La Sentinelle assassinée, revient avec Mes prisons (Actes Sud), qui relate le procès et la condamnation de Limonov et de son groupe national-bolchevik, arrêtés en Altaï pour tentative de créer par la force «une deuxième Russie» au nord du Kazakhstan. Avec Le Livre sacré du loup-garou (Denoël), l'auteur déjanté d'Homo Zapiens, Viktor Pelevine, dressera un portrait loufoque et mordant de la Russie contemporaine, dans lequel une renarde vieille de 2000 ans est temporairement réincarnée en une prostituée moscovite de 15 ans. Vassili Axionov, auteur de l'énorme Saga moscovite, offrira quant à lui un portrait de l'oligarchie russe avec Les Terres rares (Actes Sud). Aussi: Enterrez-moi sous le carrelage, de Pavel Sanaëv (Les Allusifs).

Et puis en vrac: Conte du bidonville de Giosuè Calaciura (Les Allusifs) et Le Port de Tolède d'Anna Maria Ortese (Le Seuil), deux auteurs italiens, ainsi qu'Au zénith, de l'auteure vietnamienne Duong Thu Huong (Sabine Wespieser), où se nouent quatre intrigues autour de la figure tragique d'Hô Chi Minh, homme politique et sorte de père spirituel du Vietnam.

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Collaborateur du Devoir

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