Littérature québécoise - La parole souveraine d'Hervé Bouchard

Hervé Bouchard
Photo: Hervé Bouchard

Romancier de la parole vive et de l'enfance trouée qui mêle dans ses livres la poésie au théâtre, Hervé Bouchard incarne aux yeux de Stéphane Inkel, maître d'oeuvre de cet entretien avec l'auteur de Mailloux et de Parents et amis (lauréat du Grand Prix du livre de Montréal 2006), rien de moins que le «chef de file du renouveau romanesque au Québec».

Premier titre d'une série d'entretiens qu'entend faire paraître La Peuplade, un petit éditeur situé à Saint-Henri-de-Taillon, au Lac-Saint-Jean — deux titres consacrés au peintre Martin Bureau et au cinéaste Hugo Latulippe sont prévus l'an prochain —, Le Paradoxe de l'écrivain est précédé d'une longue introduction éclairante, consacrée à l'oeuvre du «citoyen de Jonquière».

Les recherches d'Inkel, jeune professeur de littérature québécoise à l'Université Queen's, en Ontario, spécialiste de Ducharme et de Beckett, portent essentiellement «sur les effets du messianisme canadien-français dans le roman contemporain et postérieur à la Révolution tranquille (Victor-Lévy Beaulieu, Jacques Ferron, Anne Hébert)».

Parmi les thèmes majeurs de l'oeuvre d'Hervé Bouchard qui y sont abordés figurent l'expérience langagière, l'oralité, la poétique de l'espace et du lieu, la question centrale de la filiation, de même que les influences les plus manifestes de l'écrivain (la Bible, Philip Roth, Thomas Bernhard, Céline, Novarina, Beckett et Mallarmé).

Sur l'importance du lieu dans son oeuvre, notamment, qu'il s'agisse de Jonquière ou d'Arvida, Bouchard est catégorique: «Le lieu n'est pas un décor. C'est la matière. C'est là que ça se passe.» Esclave du rythme et de la musique qui met la parole en avant, l'écrivain insiste plus d'une fois sur l'importance de l'énonciation qui est à l'oeuvre au coeur de sa poétique: «C'est parle ou meurs, il n'y a pas d'alternative, il n'y a pas d'autre moteur que celui de la parole, il n'y a pas d'autre lumière. De même, l'énergie de cette parole est celle de l'aveu, de l'aveu d'une évidence, c'est une parole qui a l'énergie de la menace et l'énergie de la libération; elle est impudique, sans retenue, c'est un flot.»

Des propos qui sont appuyés par l'humilité et la discrétion d'un auteur qui cherche le plus possible à s'effacer derrière la «parole souveraine» qu'il insuffle à ses personnages: «C'est le grand paradoxe de l'écrivain, qui est aussi celui du comédien: sois le moins possible, si tu veux que ton oeuvre soit le plus possible.»

***

Collaborateur du Devoir

***

LE PARADOXE DE L'ÉCRIVAIN. ENTRETIEN AVEC HERVÉ BOUCHARD

Stéphane Inkel

La Peuplade,

Taillon (Québec), 2008, 124 p.

À voir en vidéo