Beaux livres - Papillons : une autopsie de la beauté

Cithaerias péruvien
Photo: Cithaerias péruvien

D'abord confinés à l'humidité de la terre, ils finissent leurs jours en traversant les cieux. Chaque printemps, on peut les voir batifoler dans les serres chaudes du Jardin botanique de Montréal, se posant sans vergogne sur les bras des enfants. En attendant le printemps, on peut admirer les très diverses et très belles espèces de papillons, fixées sur le papier glacé du beau livre Papillons, portraits de l'éphémère, du photographe Thomas Marent, publié aux Éditions Milan.

En plus d'y apprécier de multiples photos, on y apprend beaucoup sur les lépidoptères, par exemple que ceux-ci ont des écailles. Ces écailles sont des «polis modifiés», et si chacune de celles-ci est généralement de couleur mate, c'est leur arrangement qui donne au papillon ses attributs les plus éblouissants.

Leur étrange beauté ne les empêche pas de s'intéresser aux matières les plus répugnantes. C'est le cas des papillons dits «quatre-vingt-huit» et «quatre-vingt-neuf», de l'Amérique tropicale — ainsi nommés parce qu'ils arborent ces chiffres sur leurs ailes —, qui se délectent d'un repas de fumier sur le sol.

Les antennes, organes de l'olfaction des papillons, jouent quant à elles un rôle fondamental dans leur accouplement. Ainsi, les papillons de nuit mâles trouvent leur partenaire grâce à l'odorat, et les papillons de jour mâles laissent tomber sur les ailes de la femelle convoitée une pluie d'écailles odorantes qu'on appelle «poussière d'amour». Les extrémités des antennes pourraient avoir un rôle à jouer dans la maîtrise du vol. Pour manger, les papillons disposent d'une trompe, telle une longue langue enroulée sur elle-même. Certaines espèces ne se posent même pas pour s'alimenter; c'est le cas par exemple du grand sphinx de la vigne.

Le livre consacre évidemment tout un chapitre aux chrysalides. On y apprend que celles-ci naissent avec un besoin irrépressible de manger. Elles doivent en effet multiplier leur poids par mille en deux semaines. Les photos de ce magnifique livre le prouvent: les chenilles n'ont parfois rien à envier aux papillons pour ce qui est des couleurs et des motifs. On s'étonne par exemple devant la chenille du grand paon-de-nuit, le plus grand papillon d'Europe, dont les «verrues» passent graduellement du brun au jaune, puis du rose au bleu ciel. Vient ensuite le temps de la maturité. «Les papillons consacrent presque toute leur brève vie adulte à la reproduction», constate-t-on. Ils participent aussi à la beauté fugace du monde. Et pour ceux qui n'ont pas la patience de les attendre et de les regarder, ce beau livre offre une solution permanente.

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Papillons, portraits de l'éphémère

Thomas Marent

Éditions Milan, 282 pages

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