Beaux livres - Visite virtuelle du Louvre

Le Musée du Louvre a réussi l'incroyable exploit de condenser en un bouquin compact de 500 pages ses collections titanesques, comptant plus de 400 000 oeuvres et objets, admirés par plus de huit millions de visiteurs par année.

D'emblée, l'entreprise avait pourtant de quoi décourager le plus vertueux des historiens d'art. Comment choisir parmi les milliers de chefs-d'oeuvre et de trésors archéologiques que recèle la collection pharaonique de ce musée géant, que peu d'humains peuvent se targuer d'avoir foulé dans son entier.

Le Louvre, c'est une ville qui étire aujourd'hui ses façades sur trois kilomètres, côté rue, côté cour et côté Seine, et déploie ses salles sur quelque 16 hectares de superficie. C'est la réserve universelle de tous les styles architecturaux et culturels du monde réunis en un seul lieu, la bibliothèque d'Alexandrie des temps modernes.

Le concentré du Louvre, publié par les Éditions de la Martinière, fait état de l'incroyable histoire de ce musée unique au monde, qui avant d'accueillir les merveilles du monde entier fut pendant 700 ans la résidence des rois de France. De François Ier au Roi-Soleil, les murs du Louvre, constitués en musée en 1793, ont d'abord accueilli les collections royales amassées au fil des siècles, nourries à coup de conquête et de guerres.

Bien sûr, ce concentré du Louvre déploie les oeuvres iconiques de sa collection, telles La Joconde et la Vénus de Milo, mais il permet aussi en quelques pages de faire le survol complet de son effarant capital culturel, décliné en huit collections, notamment celle de la titanesque collection dédiée à la peinture occidentale, ou celles des antiquités romaines et égyptiennes.

Avec ses 7000 peintures, dont la moitié sont issues des collections royales amorcées dès Louis XII, le Louvre demeure le musée le plus riche en oeuvres picturales. Quel musée dans le monde peut en effet se targuer d'aligner 47 Delacroix, 82 Corot, 40 Poussin et une galerie de peintures italiennes encyclopédique surpassant celle de tous les grands musées d'Italie? Idem pour la collection d'oeuvres flamandes, héritée de Marie de Médicis, épouse d'Henri IV.

Du Sacre de Napoléon Ier, par David, à l'Odalisque d'Ingres, en passant par Le Radeau de la Méduse, le Louvre affiche en peinture sur ses murs l'histoire complète de la France, de l'Europe et de toute la culture méditerranéenne, du Moyen Âge au XXe siècle. Le volume rend compte de l'immense collection d'arts graphiques, constituée de plus de 400 000 dessins et croquis amassés au cours des siècles, mais jamais présentés en raison de leur grande fragilité. Du lot, des croquis de De Vinci, de Michel-Ange, de Rubens et d'autres grands peintres.

On a aussi tiré des 55 000 artefacts de la collection égyptienne les pièces maîtresses, acquises pour la plupart à l'époque de Champollion, le célèbre égyptologue qui perça le secret des hiéroglyphes.

Dans les seules salles consacrées à sa collection d'antiquités orientales, le Louvre offre autant à voir que le Musée de Bagdad en matière de vestiges sumériens, dont le fameux code d'Hammourabi (1792 à 1750 av. J.-C.), issu des fouilles menées par le Louvre dès le XIXe siècle à Suse, à Ougarit et à Tello.

À ces trésors s'ajoutent aussi les fragments de la frise du Parthénon et d'autres vestiges issus du monde antique, ainsi que la plus récente des huit collections du Louvre, celle consacrée à l'art islamique qui réunit des pièces issues d'un territoire s'étalant de l'Inde à l'Espagne.

Feuilleter Louvre, c'est jeter un regard sur 6000 ans de culture occidentale sans payer de billets d'avion, souffrir les kilomètres de corridors ou les interminables files d'attente du vénérable musée. Bien sûr, un livre ne remplacera jamais une incursion dans les murs de cet antre culturel. Mais à défaut d'y être, on savoure à plein cette plongée dans le coeur du musée, une oeuvre en soi, un livre ouvert sur toute l'histoire de France.

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Louvre

Daniel Soulié

Éditions de la Martinière et Musée du Louvre éditions

Paris, 2008, 541 pages

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