Histoire de l'art - Itinéraire de la peinture européenne

François Cheng
Photo: Agence France-Presse (photo) François Cheng

C'est le rêve de l'écrivain: disposer devant lui le musée universel, y choisir des oeuvres, construire la collection imaginaire, joindre aux oeuvres une réflexion, une écriture. Les anciens parlaient d'ekphrasis, comme quand on lit chez Hésiode la description du bouclier d'Arès. Mais ici, le propos est plus modeste: l'écrivain François Cheng présente, regroupés en trois grandes sections correspondant aux écoles italienne, française et flamande, près d'une centaine de tableaux provenant des départements du Louvre.

Ses descriptions sont brèves, elles se concentrent sur ce qui fait la spécificité de l'art occidental aux yeux de l'artiste venu de Chine. Rapprochant la peinture de Cézanne des maîtres des Song et des Yuan, le poète se montre attentif aux convergences, mais il doit surtout reconnaître le travail de la différence: lumières, personnages, représentation, tout dans l'art européen emprunte une autre voie que celle pratiquée en Orient. Car Cézanne, c'est précisément ce qui arrive après le Louvre.

Choix classique

On sera étonné par le caractère très classique des choix de François Cheng dans cette sélection, aucun tableau ne constitue une surprise. Celle-ci vient plutôt dans l'approche, faite d'une sorte de vénération non érudite, une attitude qui, sans être disparue, semble un peu effacée aujourd'hui. Les structures et les compositions intéressent moins que les symboles et les récits, comme cette méditation sur le Saint François d'Assise de Giotto ou cet exercice de perception au sujet de la Brioche de Chardin. Delacroix est l'objet d'une préférence très perceptible, et le commentaire de la Bethsabée de Rembrandt, plus développé, laisse deviner un intérêt pour le corps féminin qui pourrait être la limite expressive de l'art occidental. La chair n'est-elle pas la grande absente de l'art d'Orient?

Aucun des tableaux choisis ne s'éloigne des canons européens, et si François Cheng réussit ce pari d'une lecture personnelle, c'est parce qu'il conçoit son itinéraire comme une sorte de pèlerinage en Occident. N'est-ce pas le titre qu'il a choisi? La mythologie et les scènes héroïques sont partout, Poussin et Watteau sont convoqués sur la même scène que Titien et le Pérugin. Le pèlerinage s'arrête, comme le Louvre, sur le seuil de l'impressionnisme, mais on notera que le dernier tableau, hors catégorie, est un magnifique paysage de Turner, qui, lui, porte déjà tous les signes de l'abstraction orientale et annonce des maîtres comme Zao Wou Ki ou même Rothko.

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Collaborateur du Devoir

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Pèlerinage au Louvre

François Cheng

Flammarion et Éditions du Musée du Louvre

Paris, 2008, 175 pages

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