Silence, non-dits et petit verre de prune pour le quatrième «Magasin Général»

Le cadre est pastoral. Il exprime aussi toute la simplicité et l'innocence d'un quotidien qui, pour ce quatrième tome, sert encore de terrain de jeu aux bédéistes Régis Loisel et Jean-Louis Tripp pour la construction de leur désormais célèbre chronique du Magasin général (Casterman). Confessions, c'est le titre de l'aventure, vient donc écrire le nouveau chapitre de cette comédie en terre du Québec imaginée par deux cerveaux et, chose atypique dans l'univers du 9e art, dessinée à quatre mains, ce qui donne un trait qui n'appartient ni à l'un ni à l'autre, mais finalement aux deux.

Autour d'une rue principale sommaire et boueuse mais aussi peuplée de volailles en liberté à peine surveillée, on retrouve donc une fois de plus la douce Marie, le gentil Serge, ainsi que monsieur le curé, Isaac, Louise, Gaétan et Noël, l'homme au bateau, et les autres qui mettent de la vie dans ce coin reculé de la province. Un coin qui, sous l'effet du raffiné cuistot dans cet univers forcément rustre, va se retrouver encore confronté à ses idées reçues.

Gratouiller une grande noirceur: l'exercice est parfois périlleux. Mais sous le double coup de crayon qui expose des scènes banales d'un quotidien que les moins de 80 ans n'ont pas pu connaître, c'est malgré tout en finesse que le duo d'artistes arrive à nous plonger dans les vicissitudes d'un village, d'une époque, qui au final livre bien plus que du champêtre et des dialogues en joual.

En contemplant une femme en train de traire une vache, en suivant trois hommes qui clouent des planches ou un idiot endeuillé, on se prend alors à réfléchir sur la tolérance, la différence, l'obscurantisme, à penser à un conseiller municipal d'Hérouxville et à sourire en saisissant l'entraide et l'ouverture d'esprit là où on l'attend le moins. En somme, à vivre pleinement et en 70 pages, ce que certains appellent la magie du 9e art.

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Magasin Général

Tome 4: Confessions

Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

Casterman

Bruxelles, 2008, 70 pages

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