David Suzuki au devant de la catastrophe

«Le gaspillage n’existe pas dans la nature. L’élimination de tout gaspillage doit devenir la pierre angulaire de l’économie humaine comme elle l’est pour l’économie naturelle», dit l’écologiste et auteur David Suzuki.
Photo: Jacques Grenier «Le gaspillage n’existe pas dans la nature. L’élimination de tout gaspillage doit devenir la pierre angulaire de l’économie humaine comme elle l’est pour l’économie naturelle», dit l’écologiste et auteur David Suzuki.

La catastrophe environnementale planétaire est en marche. Difficile d'en douter sans faire preuve d'une mauvaise foi hors du commun. David Suzuki, l'écologiste superstar du Canada anglais, ne jette pas l'éponge pour autant. Il se dit plutôt convaincu, à l'instar de plusieurs, que tout un chacun doit agir dans son quotidien pour tenter de contrecarrer la destruction de la vie sur Terre.

D'où l'idée de produire son Guide vert, ou Comment réduire votre empreinte écologique. En compagnie de l'avocat en droit environnemental David R. Boyd, il a donc accouché de cette plaquette — publiée en français chez Boréal — offrant des «moyens simples et peu coûteux pour changer nos habitudes de consommation et contribuer à l'équilibre planétaire».

Mais qu'est-ce donc que cette «empreinte écologique»? Il s'agit d'un concept développé par des scientifiques de l'Université de Colombie-Britannique pour illustrer les liens entre actions individuelles et leurs conséquences globales. Elle sert à mesurer le volume des éléments de la planète nécessaires à la production des ressources destinées à une personne pendant une année et à la récupération de ses déchets. Elle englobe la quantité de terre et d'eau requise pour les cultures vivrières, l'élevage, la pêche, le bois et l'énergie, ainsi que les surfaces nécessaires à l'absorption du dioxyde de carbone issu de la consommation des combustibles fossiles.

L'empreinte de géant

Sans surprise, l'Homo canadianus laisse une empreinte de géant. En fait, l'empreinte écologique moyenne de toute l'humanité est de 2,2 hectares par personne, tandis que celle des Canadiens est de 7,6 hectares, soit la troisième au monde.

Pour la moyenne des Américains, champions gloutons planétaires, elle est de 9,6 hectares, soit l'équivalent de 20 terrains de football. Globalement, si le reste du monde consommait des ressources et produisait des déchets au même rythme que les Nord-Américains, «il nous faudrait trois ou quatre autres planètes», rappellent les auteurs. La donnée est connue, mais elle n'en demeure pas moins ahurissante.

L'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire de l'ONU, une analyse détaillée de l'état de la vie sur la Terre qu'ont préparée 1300 spécialistes, s'achevait d'ailleurs par la conclusion suivante: «L'activité humaine exerce, sur les fonctions naturelles de la Terre, une pression telle que la capacité des écosystèmes de la planète à faire vivre les générations futures ne peut plus être tenue pour acquise.»

Conclusion logique, il faut radicalement corriger le tir. «Une diminution d'au moins 75 % de l'empreinte écologique des Nord-Américains, qui ramènerait celle-ci à moins de deux hectares par personne, est indispensable pour assurer un avenir viable. Cette diminution est d'ailleurs analogue à la réduction des gaz à effet de serre [de 60 à 80%] que les scientifiques estiment nécessaire, d'ici 2050, pour éviter de déclencher des changements climatiques catastrophiques», précisent Suzuki et Boyd dans leur livre.

«Si nous parvenons à façonner l'économie humaine selon le modèle du monde naturel, qui s'est peaufiné pendant près de quatre milliards d'années, nous serons en mesure d'instaurer une société viable, écrivent-ils. Le gaspillage n'existe pas dans la nature. L'élimination de tout gaspillage doit devenir la pierre angulaire de l'économie humaine comme elle l'est pour l'économie naturelle.»

Puisque le logement, l'alimentation et les transports représentent 80 % de notre empreinte, Suzuki et Boyd suggèrent une série d'initiatives individuelles pour en réduire l'importance. La réflexion la plus intéressante touche à l'alimentation. Car si les consommateurs sont attachés à cette sacro-sainte diversité qui fait qu'on peut acheter 4327 sortes de céréales à l'épicerie, l'apologie de l'achat dans les supermarchés à grande surface a un coût environnemental important, et ce, tout au long de la chaîne de production et de transport. Les auteurs en font une démonstration intéressante pour qui connaît peu ou pas la chose.

En matière d'habitation, on peut notamment mieux isoler nos demeures, mais aussi utiliser des appareils ménagers et autres qui consomment moins d'énergie. Pour ce qui est du transport, les façons d'agir individuellement énumérées dans le livre sont aussi largement connues. Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Il faut d'ailleurs voir ce Guide vert comme une lecture pour non-initiés. Un cadeau de Noël de la bonne conscience environnementale. Car il faut faire preuve d'un optimisme certain pour voir dans cet ouvrage une recette efficace pour éviter à l'humanité de foncer droit dans le mur vers lequel elle se dirige à la vitesse grand V.

Les auteurs sont d'ailleurs plus convaincants quand ils interpellent la sphère politique, l'invitant à dépasser la rhétorique électoraliste pour s'attaquer à une situation qui menace rien de moins que la vie. On propose des pistes de solution concrètes qui n'ont rien de farfelu. Après tout, les cosignataires ont plusieurs décennies de réflexion et d'analyse derrière la cravate. Et on ne peut pas accuser David Suzuki de voir tout en noir, bien au contraire.

Il touchait par ailleurs davantage au coeur du problème global, M. Suzuki, quand il dénonçait l'économisme triomphant au cours d'une allocution prononcée cette semaine à Montréal. «L'économie, selon notre conception, est basée sur l'innovation humaine, disait-il. Comme l'innovation humaine n'a pas de limite, on croit que la croissance économique peut se poursuivre sans fin. C'est faux. L'économie n'est pas une force de la nature, nous l'avons créée.» Cette création est d'ailleurs des plus destructrices, insistait-il, soulignant que l'actuelle crise financière devrait nous forcer à questionner la confiance aveugle qu'on place en elle. Quel est le slogan de Jean Charest et de ses libéraux dans la présente campagne provinciale? «L'économie d'abord».

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Le Guide vert - Comment réduire votre empreinte écologique

David Suzuki

Boréal

Montréal, 2008, 218 pages
1 commentaire
  • mhglrnu@gmail.com - Inscrit 10 novembre 2008 12 h 26

    Alexander Shields

    L Canada est un pays anglophone,si vous pensez le contraire le vous invites à le visite.