Littérature française - L'oeil mouillé d'Alain Jaubert

«Découvrir Naples, c'était donner son vrai nom au soleil», se souvient Paul Morand dans le livre qu'il consacre à l'Italie. Et lorsqu'on évoque Naples, bien avant la Camorra et les montages d'ordures, on pense à ses beautés brunes, à ses terrasses et à ses belvédères, à ses jardins fleuris et à ses eaux tièdes. Mais aussi, et peut-être surtout, encaissée dans la baie à l'ombre du Vésuve qui depuis toujours la menace et la protège, la ville entretient le souvenir d'une cité romaine entièrement ensevelie par l'éruption du volcan en 79.

Pompéi la sulfureuse: villas révolues, peintures érotiques, fragments d'éternité retirés des cendres. Le lieu parfait pour y déployer, comme le fait Alain Jaubert, un «art d'aimer» à faire rougir Ovide.

Val Paradis, le premier roman qu'il nous avait donné en 2004, à 64 ans, sentait l'écume et le varech, les parfums bon marché, le plaisir et le grand large. Une nuit à Pompéi mélange son intérêt pour l'art, une existence marquée par le goût des voyages et une sensualité constamment en éveil.

Le narrateur, réalisateur de documentaires et d'émissions de télévision sur l'art — pas très différent, en cela, d'Alain Jaubert, créateur de la série Palettes produite par la chaîne franco-allemande Arte —, nous déballe lentement ses souvenirs de voyages dans cette «ville attirante et vénéneuse». Du premier contact, à l'âge de 17 ans après trois jours d'autostop, jusqu'au colloque sur Pompéi qui l'amène aujourd'hui à Naples, il n'est question que de désir, de courbes, de sensualité.

Il retrouve sur place, par hasard, une célèbre actrice anglaise dans la cinquantaine dont il avait été l'amant une dizaine d'années plus tôt. Une magnifique jeune Romaine, étudiante en histoire de l'art et guide à Pompéi, complète le triangle amoureux. Tous les trois, à la faveur d'une chaude nuit d'été arrosée au champagne, se livreront à des jeux érotiques inspirés des fresques du bordel retrouvé, entrecoupés de rires, de conversation spirituelle et parfois savante. «Tremblements, embrasements, éruptions, explosions, cou-lées...»: autant de petits Vésuve qui secouent les corps et les rendent à la vie.

Visite guidée de quelques-uns des hauts lieux de Naples, court traité sur la vie sexuelle dans la Rome antique, commentaire sensible d'un amateur d'art éclairé, fiction fantasmée au service d'une mythologie érotique personnelle, le roman napolitain d'Alain Jaubert est d'abord une histoire d'amour, «comme la plupart des histoires».

Gros oeil mouillé de désir, observateur infatigable, témoin expert, l'écrivain nous livre un roman gourmand, sensuel et ludique — peut-être seulement un peu didactique par moments — qui semble dédié à la liberté. «J'ai appris à fabriquer mes paradis», écrit-il. Il faut le croire.

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Collaborateur du Devoir

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UNE NUIT À POMPÉI

Alain Jaubert

Gallimard

Paris, 2008, 300 pages