Un hommage à Agaguk... en bande dessinée

Le récit est connu. Il est aussi patrimonial et désormais mis en images. Agaguk, célèbre création littéraire d'Yves Thériault, se prépare à trouver un nouveau souffle. Comment? En devenant bande dessinée sous le pinceau d'Yvon Roy et la plume de Jean-Blaise Djian. L'objet est lancé officiellement aujourd'hui dans l'univers du 9e art.

Agaguk (Les éditions Adonis) — c'est son titre — entre dans le cadre des Romans de toujours, un projet de l'Association française pour la sauvegarde et la diffusion du patrimoine littéraire mondial qui a décidé de mettre en boîte et en phylactères une cinquantaine d'oeuvres magistrales puisées dans la sphère culturelle francophone. Pour la postérité et pour le bien de l'humanité. Le choix du roman de Thériault se veut aussi un hommage au Québec, dit-on, à l'occasion du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec.

Sous la couverture, on y trouve donc le célèbre Inuit et sa femme, Iriook, dans le Grand Nord vaste et hostile des années 40, où le froid et la rudesse du climat n'empêchent pas les humains d'être fourbes. Bien sûr, le blizzard y est terrible pour l'esquimau, qui décide de s'éloigner de sa tribu avec sa famille pour mener sa vie ailleurs. Mais il n'échappera pas aux bêtes, à la bêtise des Blancs et à la perfidie d'un commerçant véreux. Sombre.

Avec une adaptation efficace et respectueuse de Djian, l'homme derrière les mots de Tard dans la nuit (Les éditions Vent d'Ouest) dessiné par VoRo, Agaguk livre ici, 50 ans après sa publication, une étonnante résonance dans un format qui n'était pas le sien. Et bien sûr, les grands espaces, l'esthétisme de la nordicité et la mythologie de l'autochtone — une passion délirante des Français — sont efficacement lustrés.

Premier titre d'une série de 50 bédés à paraître dans les prochaines années, le roman phare du catalogue de Thériault va se retrouver, mis en image au milieu, entre autres, d'un Germinal d'Émile Zola, de La Guerre des mondes de H.G. Wells, des Misérables de Victor Hugo ou encore de Voyage au centre de la terre de Jules Vernes, que plusieurs bédéistes se préparent à prendre d'assaut. Au nom de la mémoire collective.