Le Québec 250 ans après une victoire

Source VLB éditeur
Hervé Fischer
Photo: Source VLB éditeur Hervé Fischer

Les fêtes du quatrième centenaire de la fondation de Québec ont éclipsé le 250e anniversaire de la victoire de Montcalm sur les Anglais le 8 juillet 1758 à Carillon (aujourd'hui Ticonderoga dans l'État de New York). Heureusement! s'écrieront ceux que la grandiloquence des commémorations fait sourire. Carillon évoque pourtant la résistance, ce mythe identitaire qui nous aide à comprendre l'inconscient collectif du Québec actuel.

À partir de l'enquête qu'il a menée pendant l'automne 2007 auprès des lecteurs du Devoir sur l'identité québécoise, le philosophe Hervé Fischer a écrit un livre intitulé Québec imaginaire et Canada réel. Les 7000 réponses qu'il a reçues l'ont incité à réfléchir sur les rapports historiques et symboliques entre un peuple de langue française et l'Amérique du Nord anglophone qui enserre le territoire où il vit.

Fischer souligne qu'une nation se définit «avant tout, et généralement pour des siècles», par «ses mythes fondateurs». En s'appuyant sur les contributions des lecteurs du Devoir, textes qui, en majeure partie, témoignent d'une sensibilité souverainiste, il constate que le Québec a des mythes fondateurs mais que le Canada anglais en est dépourvu.

Qui oserait le nier? L'Amérique du Nord britannique a emprunté à la langue française de la vallée du Saint-Laurent les noms mêmes de Canada et de Canadien dont les anglophones sont si fiers. Leur hymne national, Ô Canada, et le symbole de la feuille d'érable proviennent d'une vieille culture, celle du Québec, devant laquelle tant d'entre eux, d'Halifax à Vancouver, se sentent malgré tout étrangers.

Jadis très connu chez nous, le poème Le Drapeau de Carillon, d'Octave Crémazie, publié en 1858, 100 ans après la fameuse bataille, leur apparaîtrait comme du pur charabia. À leur décharge, il faut dire que ces vers, empreints d'un romantisme pathétique et suranné, resteraient également incompris d'un grand nombre de Québécois d'aujourd'hui.

Au milieu de l'amoncellement des clichés de Crémazie, une idée défie le temps: ce qui s'associe le mieux à la victoire de Carillon, c'est étrangement la mort, celle d'un vieux soldat canadien, porte-drapeau de l'armée de Montcalm. Après la Conquête britannique, il s'est rendu jusqu'à Versailles pour implorer en vain l'aide de la France. Il ne lui reste plus qu'à finir ses jours sur la terre glorieuse et enneigée de Carillon.

«Pour mon drapeau je viens ici mourir», murmure le soldat, déjà devenu le fantôme qui mendie la revanche futile de l'histoire. Que nous ayons pu, jusqu'à la Révolution tranquille, cultiver un tel mythe, épouvantablement triste, cela en dit long sur le thème qu'Hervé Fischer développe avec beaucoup d'à-propos: la force cachée et sans doute inépuisable de notre imaginaire.

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Collaborateur du Devoir

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QUÉBEC IMAGINAIRE ET CANADA RÉEL

Hervé Fischer

VLB

Montréal, 2008, 224 pages
 
4 commentaires
  • Marc A. Vallée - Inscrit 19 juillet 2008 15 h 12

    Qui emprunte à qui.

    Il est vrai que le Canada anglais a beaucoup emprunté de symboles au Canada français, mais le dernier fut aussi très emprunteur des Autochtones. Que ce soit la façon de combattre, la connaissance du territoire, le sirop d'érable, la technique de pêcher le béluga dans le Saint-Laurent, etc. Quand la culture québécoise reconnaîtra-t-elle la contribution Autochtone comme une source importante de sa richesse?

  • Claude Jean - Inscrit 20 juillet 2008 14 h 33

    Carillon, je me souviens

    Par chance, il existe encore des personnes qui ont à coeur leur histoire et leur patrimoine. En effet je fais partie d'un groupe de reconstitution historique soit le 2 ième bataillon du régiment de la Sarre http://www.regimentdelasarre.ca/ et nous avons eu la chance de vivre une expérience unique en recréant cette noble bataille à Carillon dans l'état de New-York qui fût jadis territoire de la Nouvelle- France. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter le site internet suivant http://www.fort-ticonderoga.org/

    Dommage qu'il n'y ai eu de médias Québécois pour couvrir le tout, il y en avait pourtant du Canada anglais, la devise du Québec n'est-t'elle pas JE ME SOUVIENS! mais finalement de quoi? si personne n'en parle.

    Merci au devoir de remémorer cette partie de notre histoire et je vous invite à faire un ou plusieurs articles sur les groupes de reconstitutions historiques qui font vivre notre histoire et qui sont avides de la partager.

    Claude Jean
    soldat Sanspareil
    2 ième bataillon du régiment de la Sarre
    Vive le Roy

  • Guy Fafard - Inscrit 20 juillet 2008 16 h 00

    Et bravo Lorraine Dubé

    Votre commentaire sur le texte de monsieur Lapierre est vraiment brillant. - Merci.

    Michel Lapierre qui a su faire ressortir l'esprit des coureurs de bois et l'âme du Québec, ce Québec où il y a eu collaboration avec les premières nations au point d'avoir marié un peu de la forme de pensée de celles-ci.

  • Graham Ambrose - Inscrit 20 juillet 2008 18 h 44

    La feuille d'érable unique au Québec?

    Moi j'oserais le nier. Un petit détail au moins. Il me semble que l'érable se trouve partout dans le Canada, de Halifax à Vancouver. Vivant à Vancouver, je vois des érables partout, et je sais qu'il s'agit d'un espece indigene aussi. J'ai aussi vécu dans l'intérieur da la C.-B. et on en avait plusieurs dans le jardin, et dans la foret. Il est peut-etre vrai que l'érable ne represente pas quelque chose de symbolique pour nous dans l'Ouest, mais je ne dirais pas que me sens etranger devant la feuille d'erable- J'ai passé un partie quand meme conséquent de mon enfance à les ramasser tous les automnes. Je ne nie pas pourtant que les anglophones du Canada ont été influencés par les Québecois.