Pétard mouillé

Rapidement, l'affaire apparaît complexe. La jeune épouse éplorée dit avoir été violentée et prise en otage par deux hommes portant une cagoule et s'exprimant en arabe. Faisant le lien entre ce dernier «détail», l'alerte orange que l'on vient de proclamer à Washington et la «spécialité» du médecin assassiné, le FBI saute vite aux conclusions... et dans l'enquête, avec ses gros sabots. Revoilà donc l'agent Rachel Walling dans le décor, avec ses gais compères en complet cravate.

Tout se complique encore plus quand on s'aperçoit qu'une valise contenant 32 cylindres de matière radioactive destinée aux unités de traitement d'oncologie de plusieurs hôpitaux de Los Angeles ont disparu de la voiture du médecin assassiné. De quoi terroriser la Californie tout entière et semer la mort un peu partout.

C'est la panique chez les flics! La paranoïa s'installe. Et donnera surtout lieu à du pétage de bretelles et à des bavures assez inoubliables mettant en scène quelques hauts gradés surchauffés des brigades spéciales de la police de Los Angeles.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Michael Connelly se fait mordant. On connaît déjà les «réserves» de son héros Harry Bosch sur la culture d'entreprise du FBI et des diverses agences américaines de renseignement, mais l'auteur met surtout en scène dans cette histoire la paranoïa générale qui s'est emparée de notre voisin du sud — et de ses principaux alliés dont nous sommes, surtout maintenant que les conservateurs sont au pouvoir à Ottawa — depuis les événements de septembre 2001. Il faut d'ailleurs noter que ce roman est le fruit d'une série de 16 épisodes publiée en feuilleton dans le New York Times Sunday Magazine — comme nous l'apprend la version anglaise du roman (The Overlook, que j'ai lue chez Vision, une filiale du Hachette Book Group USA). Connelly a considérablement retravaillé le texte et y a greffé une finale un peu différente de celle du grand quotidien new-yorkais, mais on y décèle évidemment le même esprit critique chez celui qui, à l'instar de quelques autres, en est venu à représenter la vraie conscience de l'Amérique. On vous signale comme ça que la version poche de Vision comprend une entrevue avec l'auteur de même qu'une série de neuf «précisions sur le texte» de Connelly lui-même.

À genoux est une sorte de pétard mouillé, bien sûr, on le sentira dans les dernières pages, mais il n'empêche que c'est aussi un livre qui résonne comme une sonnette d'alarme en témoignant du fort niveau de paranoïa qui règne dans les officines du géant d'en bas.
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À genoux
Michael Connelly
Traduit de l'américain par Robert Pépin,
Seuil Policiers
Paris, 2008, 237 pages