Littérature étrangère - Comment se perdre dans la rangée des petits pois avec Svetislav Basara

Écrivain serbe reconnu pour son irrévérence, Svetislav Basara déploie une fois de plus ses manières déjantées, mi-sérieuses, aux tonalités toujours un peu absurdes, dans une vingtaine de nouvelles apparemment sans queue ni tête.

Avec Perdu dans un supermarché, un recueil d'une vingtaine de nouvelles toutes plus déroutantes les unes que les autres, il nous rappelle d'emblée que «les faits n'ont jamais aucune importance dans une histoire» et prend un malin plaisir à construire un univers déjanté auquel les lecteurs ont déjà pu goûter auparavant avec Le Miroir fêlé et Guide de Mongolie (Les Allusifs, 2004 et 2007).

Et presque chaque fois les premières lignes de ses nouvelles donnent le la. Des exemples? «Tout s'est passé très vite... » Ou bien: «Tandis que je tombais du haut de la tour Eiffel [...]» Ou encore: «je suis mort peu avant l'aube, mais je n'ai pas cessé d'écrire». Sinon: «Tout a commencé ainsi: le septième jour du neuvième mois de je ne sais pas quelle année m'apparut en esprit la parole de Dieu qui disait: "Fin, va dans ta chambre, et sens toi affreusement mal."»

Chaque fois aussi un narrateur bavard et évasif nous livre une conversation qui pourra très souvent paraître déroutante, nous rappelant que rien n'est vraiment sérieux, que les identités sont floues, que la vérité s'invente en permanence. Et surtout que la première personne du singulier (entre le moi et le je) peut être la cause de «troubles respiratoires fatals».

Tantôt c'est une critique pleine de mauvaise foi de l'une de ses propres nouvelles, tantôt il distribue les fausses citations de Barthes, prend appui sur Hegel, distribue ses personnages ici et là, se met en scène en train d'écrire, ou essayant — en vain, toujours — de ne pas écrire. Kafkaesque — et non pas kafkaien —, Basara est un artiste de la désorientation et du loufoque inquiétant. Des histoires impossibles à résumer, il faut bien l'avouer. Sinon dans leur manière.

L'écrivain serbe, mieux que quiconque, connaît sa propre médecine: «Je joue dans le sable, je bâtis de sombres châteaux sans fenêtres, je les admire, ils finissent par m'ennuyer, je les démolis, puis les reconstruis.» C'est ici toute la manière de Basara. Chercher sans cesse à entraîner le lecteur dans ses délires verbaux, puis à le semer dans un grand rire. Accrochez-vous.

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Collaborateur du Devoir

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PERDU DANS UN SUPERMARCHÉ

Svetislav Basara , Traduit du serbe par Gojko Lukic, Les Allusifs, Montréal, 2008, 180 pages