Les situationnistes à l'origine de la révolution?

Guy Debord (1931-1994)
Photo: Guy Debord (1931-1994)

Messianisme avant-gardiste, poésie subversive contre servitude d'une société devenue «du spectacle», les situationnistes sont les protagonistes les plus irréductibles de 68. Même à Montréal, au moment de la République des beaux-arts, des textes des situationnistes seront réimprimés par les étudiants.

Rien ne fut moins occulte que la présence des situationnistes au coeur des événements de Mai 68 à Paris, mais, inversement, rien n'est moins passé sous silence que leur violente insurrection longtemps préméditée.

Le silence et l'absence de référence à leurs pratiques et à l'influence qu'ils continuent d'exercer sont à la mesure de la radicalité de ce style révolutionnaire qu'ils furent les seuls à propager avec autant de rage méthodique. Les situationnistes n'ont pas, seuls, inventé Mai. Ils lui ont par contre donné toute sa force d'attraction. Une stratégie radicale et magnétique qui en fait la dernière référence subversive.

Explosif formel

Par un mélange inédit de conscience historique, héritée des révolutions passées, et d'avant-garde, ils opèrent une brèche dans le front de toutes les contestations. Non seulement les situationnistes dépassent les revendications léninistes, trotskistes ou maoïstes, mais ils les renvoient à l'inanité des totalitarismes dont elles sont issues. On ne peut, pourtant, faire l'histoire de Mai 68 en évacuant ceux qui l'ont annoncé et en partie déclenché, avant d'en devenir les protagonistes parmi les plus irréductibles. L'esthétique dont les situationnistes procèdent n'a pas d'équivalent, puisqu'elle renverse les catégories de l'art séparé du bouleversement de la vie. Leurs théories politiques n'existent pas, car elles ne se prouvent que par des actes. C'est l'ensemble des avant-gardes, depuis la Révolution française et la Commune de Paris, qui vient se réfléchir dans ce qu'on appelle l'Internationale situationniste. Les moyens qu'ils emploient sont directement issus du dadaïsme, du surréalisme et du lettrisme, de Lautréamont et d'Arthur Cravan. Leur explosif formel s'est aussi emparé des utopies de Fourier, de l'anarchisme de Bakounine et de la critique marxiste, pour déchiffrer la nouvelle «servitude volontaire» sous le nom de «société du spectacle». Une tyrannie se lève sur le monde, elle a le visage du «fétichisme de la marchandise» que décrivait Marx, des médias de masse, de leur propagande. Ces admirateurs d'Orwell, antistaliniens, voient sous les pavés la page qu'il faut tourner de la falsification sanglante du communisme.

Par un mélange inédit de conscience historique, héritée des révolutions passées, et d'avant-garde, ils opèrent une brèche dans le front de toutes les contestations. Non seulement les situationnistes dépassent les revendications léninistes, trotskistes ou maoïstes, mais ils les renvoient à l'inanité des totalitarismes dont elles sont issues. On ne peut, pourtant, faire l'histoire de Mai 68 en évacuant ceux qui l'ont annoncé et en partie déclenché, avant d'en devenir les protagonistes parmi les plus irréductibles. L'esthétique dont les situationnistes procèdent n'a pas d'équivalent, puisqu'elle renverse les catégories de l'art séparé du bouleversement de la vie. Leurs théories politiques n'existent pas, car elles ne se prouvent que par des actes. C'est l'ensemble des avant-gardes, depuis la Révolution française et la Commune de Paris, qui vient se réfléchir dans ce qu'on appelle l'Internationale situationniste. Les moyens qu'ils emploient sont directement issus du dadaïsme, du surréalisme et du lettrisme, de Lautréamont et d'Arthur Cravan. Leur explosif formel s'est aussi emparé des utopies de Fourier, de l'anarchisme de Bakounine et de la critique marxiste, pour déchiffrer la nouvelle «servitude volontaire» sous le nom de «société du spectacle». Une tyrannie se lève sur le monde, elle a le visage du «fétichisme de la marchandise» que décrivait Marx, des médias de masse, de leur propagande. Ces admirateurs d'Orwell, antistaliniens, voient sous les pavés la page qu'il faut tourner de la falsification sanglante du communisme.