L'amitié selon Denise Bombardier

Nos chères amies... de Denise Bombardier expose les nuances entre les relations d’amitié de la petite enfance jusqu’à l’âge adulte.
Photo: Pascal Ratthé Nos chères amies... de Denise Bombardier expose les nuances entre les relations d’amitié de la petite enfance jusqu’à l’âge adulte.

Gamines, les fillettes s'inventent des langages codés qu'elles ne comprennent qu'entre elles. Elles grandissent, échangent des confidences, éclatent de fous rires, se brouillent et se réconcilient. Les femmes se reconnaîtront certainement dans le nouvel essai Nos chères amies... de Denise Bombardier.

L'amitié a pris une toute nouvelle signification pour Denise Bombardier lorsqu'elle fut blessée par une amie précieuse il y a quelques années. «En perdant cette personne, je me suis rendu compte que la peine pouvait être très forte et que l'amitié pouvait être aussi passionnelle que l'amour», admet-elle.

Avant même cet événement, la chroniqueuse avait déjà envie d'écrire sur les relations amicales entre femmes, notamment pour combler le manque d'ouvrages à ce sujet. Cette «peine d'amitié» inattendue l'a fait passer de la parole aux actes.

«On ne parle jamais de perte d'amitié. Et pourtant, quand une femme est amie avec une autre, elle ne pense jamais que la relation va se terminer, alors que dès qu'elle tombe amoureuse, elle a peur que ça finisse. Toutes les femmes sont ainsi», assure-t-elle.

Nos chères amies... expose les nuances entre les relations d'amitié de la petite enfance jusqu'à l'âge adulte. On y constate notamment que la famille est peu à peu délaissée au profit des copines. L'auteure met également un accent particulier sur la transformation que peut subir un cercle d'amies dès l'arrivée d'un homme. Certaines femmes n'auront plus envie d'échanger les confidences, d'autres feront tout pour séduire le mâle en question.

Denise Bombardier estime que les relations amicales entre femmes sont beaucoup plus complexes que celles entre hommes. «Les femmes sont beaucoup plus compliquées que les hommes. Elles sont plus perverses. En amitié, elles ne se font pas de cadeaux. Cette perversité, on ne la retrouve pas chez les hommes. Eux, ils sont amis pour faire des activités ensemble. Nous, on est amies pour se parler, pour rire», explique-t-elle.

Sourire aux lèvres, l'essayiste croit très peu aux relations strictement amicales entre une femme et un homme, à moins que ce dernier ne soit homosexuel. Pour elle, l'amitié ne peut exister entre deux personnes de sexes opposés sans qu'il y ait «d'ambiguïtés». «Entre amis, on se fait des confidences et la confidence est le premier pas vers la séduction.»

Au fil de la lecture, on constate que le nombre de copines qui ont disparu de la vie de l'auteure s'accumule. Pourtant, de son côté, Mme Bombardier avoue n'avoir jamais délaissé d'amies. «J'aime les gens, alors je ne les quitte pas. Mais je prends de la place, et c'est sûr que ça peut déranger certaines personnes», suppose-t-elle.

L'essai ne masque aucune tentative de réconciliation avec certaines amies perdues, soutient Mme Bombardier, qui se considère comme une personne ayant peu de regrets. «C'est sûr qu'il y a eu des périodes d'amitié très intenses. Je regrette ce temps-là puisque c'était une période très exaltante sur le plan amical. Ça s'est terminé et on ne sait pas pourquoi. Et je ne demande pas d'explications.»

Mme Bombardier sait que son essai peut être intéressant pour tous les hommes qui ont déjà désiré s'immiscer secrètement dans une rencontre amicale de filles. Elle est toutefois consciente que les femmes pourront davantage s'y retrouver. «Je veux que les femmes se reconnaissent, qu'elles réfléchissent et quelles ne tombent pas dans cette tendance à balancer les choses. Les liens qu'on crée avec nos amies appartiennent à l'histoire de chacune d'entre nous. Et quand une amie disparaît de notre vie, c'est une partie de notre propre mémoire qui disparaît », conclut-elle.

***

Nos chères amies...

Denise Bombardier, Albin Michel, Paris, 2008, 166 pages

À voir en vidéo