Le Prix littéraire des collégiens remis à Pierre Samson - Catastrophes, le préféré des cégépiens

Pierre Samson: «Les étudiants m’ont souvent montré par leurs commentaires éclairés des lectures fort différentes et tout aussi légitimes que bien des journalistes bardés de diplômes.»
Photo: Pascal Ratthé Pierre Samson: «Les étudiants m’ont souvent montré par leurs commentaires éclairés des lectures fort différentes et tout aussi légitimes que bien des journalistes bardés de diplômes.»

Les cégeps décerneraient des diplômes à rabais en distillant un enseignement médiocre? On était à mille lieues hier de ce cliché à propos de cette institution malmenée lors de la remise à l'auteur Pierre Samson du sixième Prix littéraire des collégiens. Le romancier a reçu ce prix pour son roman Catastrophes, publié aux éditions Les Herbes Rouges, lors d'une cérémonie très courue au Salon international du livre de Québec.

Des dizaines d'étudiants allumés, volubiles, passionnés, et un concours doté d'une bourse de 5000 $ offerte par la Fondation Marc Bourgie: décidément, il fait parfois bon de se laisser gagner par l'optimisme quand on assiste à pareille fête du livre québécois devant un parterre aussi jeune et unanime. Une unanimité obtenue de chaude lutte. Car les 800 collégiens issus de 43 cégeps n'ont décerné ce prix à Pierre Samson — que le grand public connaît davantage pour son travail d'auteur de la défunte série télévisée Covergirl — qu'à l'issue de vives discussions. Oubliez cependant ici les scènes disgracieuses dont certains récents combats des livres ont été le théâtre: hier, on discutait littérature à Québec, passionnément et entre adultes. La tâche n'en était pas moins colossale. Après un travail de sélection entamé par une équipe composée de critiques du Devoir, de l'Union des écrivains du Québec et du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture du Québec (CRILQ), les étudiants québécois devaient s'attaquer à ce singulier devoir qui consiste à trouver un «vainqueur» parmi des auteurs qu'ils ne connaissaient souvent que très peu et dont les univers sont totalement disparates.

Et qui retrouvait-on au fil d'arrivée? Une forte concurrence. Deux recueils: Robert Lalonde et ses nouvelles humanistes Espèces en voie de disparition (Boréal) ainsi qu'Élise Turcotte et son tourmenté Pourquoi faire une maison avec ses morts (Leméac). Du côté des romans, le deuxième opus doux-amer de Stéfani Meunier, Ce n'est pas une façon de dire adieu (Boréal), et La Soeur de Judith de Lise Tremblay (Boréal) ont tenu la dragée haute au vainqueur.

Des juges-lecteurs étudiants ont d'ailleurs confirmé au Devoir la difficulté de l'exercice. «Il fallait premièrement s'entendre entre nous, a précisé Cynthia Gauthier, du cégep de Valleyfield, afin qu'on puisse envoyer un représentant de notre collège avec nos trois oeuvres finalistes.» Ce qui n'est au départ qu'un simple calcul devient vite un duel d'argumentation qui peut durer longtemps. «On a terminé nos délibérations hier soir à 11h30», a affirmé Virginie Chagnon, du cégep de Sainte-Foy.

L'enthousiaste délégation du cégep de Sainte-Foy (quatorze filles et deux gars, un ratio assez fidèle des participants au concours, d'ailleurs... ) reconnaît cependant que le plaisir du Prix des collégiens provient autant de la lecture elle-même que de la délibération. «On ne s'est jamais crié de noms, précisent-elles. Quand on doit expliquer pourquoi on choisit un livre plutôt qu'un autre, ce qui est fascinant, c'est de constater les raisons qui font que nous sommes des lectrices.» Ce thème a d'ailleurs été repris par le lauréat Pierre Samson en entrevue au Devoir. «Le lecteur est maître du livre, on ne souligne pas assez la diversité des lecteurs et le fait que nos livres ne nous appartiennent plus une fois écrits. Les étudiants m'ont souvent montré par leurs commentaires éclairés des lectures fort différentes et tout aussi légitimes que bien des journalistes bardés de diplômes.» Ironie du sort, le roman de Pierre Samson pointe avec une plume caustique les nombreux travers du monde de l'édition...

Cette tenue annuelle du Prix littéraire des collégiens a pu être réalisée grâce au partenariat que lui ont apporté plusieurs commanditaires, dont Le Devoir, associé au prix depuis ses débuts. L'appui que lui accordent le ministère de la Culture et des Communications du Québec, le ministère des Loisirs et des Sports, Quebecor, la Banque Nationale, le consulat de France à Québec et des partenaires comme Radio-Canada et le CRILQ permet au prix d'avoir une renommée grandissante dans les milieux littéraires et dans le monde de l'éducation. L'objectif de ce prix est de soutenir la littérature et de développer le goût de la lecture chez ceux qui seront les lecteurs de demain.

Quarante-trois cégeps ont participé à ce sixième prix.

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